Giuseppe Conte, l'"avocat du peuple" resté inaudible

Publié le à Rome (AFP)

Propulsé l'an dernier à la tête du gouvernement populiste italien par ses deux hommes forts, afin de ne pas leur faire de l'ombre, Giuseppe Conte, avocat jusqu'alors inconnu, n'a jamais réussi à sortir du rôle discret qui lui avait été assigné.

Lui qui avait habitué les Italiens à un discours souvent terne et semblant tout droit sorti d'un livre de jurisprudence s'est finalement montré incisif en annonçant jeudi, jour de ses 55 ans, la fin de l'expérience.

Ce gouvernement a "beaucoup travaillé, il n'était pas à la plage", a-t-il martelé, en référence aux récentes images de vacances de son ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, le chef de la Ligue (extrême droite) qui venait de faire éclater la coalition.

Proche du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), après avoir voté toute sa vie à gauche, il avait été présenté avant les élections législatives comme leur possible ministre de la Fonction publique.

C'est finalement à la tête du gouvernement qu'il a été propulsé, quasiment du jour au lendemain.

Parti un matin pour donner ses cours à l'université de Florence, il a prêté serment le lendemain et représentait l'Italie à la table du G7 au Canada une semaine plus tard.

Un tout nouvel univers pour cet homme né en 1964 à Volturara Appula, un village de 500 habitants dans les Pouilles (sud de l'Italie), qui a grandi auprès d'un père secrétaire communal et d'une mère maîtresse d'école à San Giovanni Rotondo, la ville de Padre Pio, le saint le plus révéré d'Italie.

A sa nomination, il s'était présenté comme "l'avocat du peuple", mais il a rarement eu l'occasion de plaider.

- Confidences à Angela -

En février, une caméra indiscrète avait surpris une conversation privée en marge des discussions de Davos dans laquelle il expliquait à la chancelière allemande Angela Merkel son désarroi face au peu d'espace que Matteo Salvini, vice-Premier ministre, laissait à ses alliés, dont l'autre vice-Premier ministre, Luigi Di Maïo, le chef de file du Mouvement 5 Etoiles.

"Ma force c'est que quand je dis +maintenant on arrête+, ils ne se battent pas", avait-il cependant assuré.

Mais avec la campagne pour les européennes de mai, et le renversement du rapport de force qui en a découlé entre la Ligue et le M5S, le fossé s'est creusé entre les deux alliés.

Giuseppe Conte a bien tenté parfois de s'imposer, prenant à son compte les discussions avec Bruxelles, exigeant la démission d'un sous-secrétaire d'Etat de la Ligue soupçonné de corruption ou encore mettant fin tout récemment au psychodrame sur le projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin que les M5S refusent.

Même si certains lui voient un avenir au sein du M5S ou même d'un autre parti qui pourrait se créer autour de lui, l'homme à la mèche brune rebelle a toujours affirmé que ce poste serait son unique incursion dans la vie politique et qu'il reprendrait sa vie professionnelle.

Lui qui a fait de brillantes études de droit à la Villa Nazareth, une université catholique pour étudiants défavorisés à Rome, a enseigné le droit privé en Sardaigne, à Rome, à Florence et à Malte, tout en exerçant dans un cabinet d'avocats de la capitale.

Il a aussi été membre du conseil d'administration de l'Agence spatiale italienne, consultant juridique de la Chambre de commerce de Rome et membre du comité de surveillance de plusieurs compagnies d'assurances en faillite.

Séparé de son épouse, il a un fils de 11 ans avec lequel il partage sa passion pour le football.

© 2019 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.