Gordon Sondland, nommé ambassadeur par Donald Trump en remerciement de services rendus, est devenu un personnage central de l'enquête ukrainienne en livrant un témoignage potentiellement accablant pour le président américain, dont il est pourtant un fervent partisan.

Tous les présidents américains ont attribué des postes diplomatiques prestigieux à certains de leurs soutiens. Pour M. Sondland, propriétaire d'un groupe hôtelier, c'est un chèque d'un million de dollars pour financer la cérémonie d'investiture du milliardaire républicain le 20 janvier 2017 qui l'a amené à Bruxelles.

Certains de ces ambassadeurs "politiques" ont servi avec succès. D'autres moins.

"Cela a été une très mauvaise expérience pour moi", a admis Gordon Sondland mi-octobre, devant la commission de la Chambre des représentants qui enquête sur des soupçons d'abus de pouvoir du président républicain.

M. Trump aurait conditionné une aide militaire destinée à l'Ukraine à l'ouverture d'une enquête sur Joe Biden, l'un des candidats démocrates à la présidentielle de 2020, et son fils.

Dans un appel téléphonique controversé le 25 juillet, Donald Trump a ainsi demandé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky de se "pencher" sur le cas de l'ancien vice-président et de son fils Hunter, alors membre du conseil d'administration du groupe gazier local Burisma.

Cette conversation est au centre de la procédure d'"impeachment" du président, menacé de destitution.

- Revirement -

Dans son témoignage sous serment, M. Sondland avait dit n'avoir "pas participé" à des actions visant à "geler de l'aide afin de faire pression" sur le gouvernement ukrainien -- estimant même qu'une telle attitude serait "inappropriée" voire "illégale" si elle avait comme but "d'influencer une élection américaine".

Mais ses déclarations ont été contredites par plusieurs autres témoins et, pouvant désormais être poursuivi pour parjure, il s'est subitement rappelé d'une conversation avec Andreï Yermak, un conseiller du président ukrainien.

"Je me souviens maintenant avoir parlé, en aparté, avec M. Yermak pour lui dire que la reprise de l'aide américaine n'arriverait sans doute pas jusqu'à ce que l'Ukraine fournisse une déclaration publique contre la corruption dont nous parlions depuis de nombreuses semaines", a-t-il indiqué lundi dans une déposition écrite complémentaire. Un revirement qui a fait le bonheur des commentateurs de talk-shows.

Originaire de Seattle, Gordon Sondland est à 62 ans le patron du groupe Provenance Hotels qui compte 19 hôtels dans le nord-ouest des Etats-Unis.

Se décrivant comme un "républicain de toujours", il avait d'abord soutenu l'ex-gouverneur de Floride Jeb Bush pour la primaire républicaine de 2016, avant de se rallier à Donald Trump.

Le généreux donateur a rejoint Bruxelles en juillet 2018. Mais la raison de son implication dans les négociations avec l'Ukraine reste un mystère.

- "Gêne" -

"Il y avait un sentiment de gêne au sein du département d'Etat sur le rôle de l'ambassadeur Sondland en Ukraine", pays qui n'est "pas dans l'Union européenne", a expliqué à la commission d'enquête Bill Taylor, le chargé d'affaires américain à Kiev.

Nicholas Kralev, auteur du livre "L'autre armée de l'Amérique" sur le corps diplomatique, dit s'être aussi posé la question.

"Je ne connais pas l'ambassadeur auprès de l'UE mais chaque fois que j'entends son nom, je me demande ce qu'il fait avec l'Ukraine", affirme-t-il à l'AFP.

"Mon rôle était de soutenir les collègues au département d'Etat qui sont totalement impliqués en Ukraine, et offrir mon opinion si cela pouvait aider", a expliqué M. Sondland. Il a assuré avoir été missionné par le secrétaire d'Etat Mike Pompeo et John Bolton, alors conseiller présidentiel pour la sécurité nationale, présumant qu'ils agissaient sous l'autorité de M. Trump.

Nicholas Kralev, responsable d'un institut privé spécialisé dans la diplomatie, explique que la nomination de M. Sondland fait partie d'une vieille tradition. Selon lui, les administrations américaines attribuent environ deux tiers des postes d'ambassadeurs à des diplomates de carrière et le reste à des amis du pouvoir.

"Les diplomates n'ont pas de problème avec les candidats politiques" car "la bureaucratie a besoin de sang neuf et d'idées nouvelles", souligne-t-il.

Toutefois, estime M. Kralev, l'administration Trump a abusé de cette tradition en basant la nomination de ses candidats "sur le montant de leur dons ou des collectes de fonds qu'ils ont organisées".