Emmanuel Macron et son Premier ministre Jean Castex, en quête d'une équipe pour relancer l'économie comme le quinquennat, ont élaboré lundi un gouvernement renouvelé pour un tiers, avec notamment deux suprises -Roselyne Bachelot à la Culture et l'avocat médiatique Eric Dupond-Moretti à la Justice- et un rôle-clé à l'Intérieur pour le transfuge de LR Gérald Darmanin.

Les grands équilibres demeurent, avec des ministres importants issus de la droite comme Bruno Le Maire à l'Economie et Gérald Darmanin (ex-Budget) à l'Intérieur, mais aussi du PS comme Jean-Yves Le Drian aux Affaires étrangères et Florence Parly aux Armées. Une ex-Verte devenue LREM, Barbara Pompili, prend en charge un super-ministère de la Transition écologique avec deux ministres délégués, Emmanuelle Wargon (Logement) et Jean-Baptiste Djebbari (Transports).

Pour Gérald Darmanin, qui était chargé du Budget dans le gouvernement Philippe, accéder à la place Beauvau est un "grand honneur pour le petit-fils d'immigré que je suis", a-t-il réagi sur Twitter.

La nomination d'Eric Dupond-Moretti a été qualifiées par l'USM, le principal syndicat de magistrat, de "déclaration de guerre à la magistrature".

Quelques nouveaux portefeuilles sont créés, comme celui de la citoyenneté, confié à Marlène Schiappa ou celui de la Transformation et de la fonction publique pour Amélie de Montchalin.

Le gouvernement enregistre peu de "prises" nouvelles et n'intègre pas d'élus locaux hormis l'Alsacienne Brigitte Klinkert, présidente du conseil départemental du Haut-Rhin, qui devient ministre déléguée chargée de l'Emploi et de l'Insertion.

Neuf autres ministres conservent peu ou prou leur portefeuille, parfois avec des ajustements. Il s'agit de Jean-Michel Blanquer (Education nationale, jeunesse et sports), Bruno Le Maire (Economie, finances et relance), Florence Parly (Armées), Jacqueline Gourault (Cohésion des territoires), Olivier Véran (Solidarités et santé), Marc Fesneau (Relations avec le Parlement), Jean Baptiste Djebbari (Transports) Frédérique Vidal (Enseignement supérieur) et Roxana Maracineanu (Sports).

Les sortants principaux sont Christophe Castaner (Intérieur), Nicole Belloubet (Justice), Didier Guillaume (Agriculture), Muriel Pénicaud (Travail) et Sibeth Ndiaye (porte-parole).

Décidé à accélérer la cadence pour faire oublier la débâcle des municipales et s'attaquer aux crises post-coronavirus, le nouveau couple exécutif a tenu à annoncer le nouveau gouvernement dès lundi, pour illustrer sa volonté d'une mise en œuvre rapide du nouveau cap présidentiel après la nomination de Jean Castex vendredi à Matignon.

Emmanuel Macron devait en outre contenter ses alliés du MoDem et d'Agir et enfin préserver la parité, l'un de ses engagements initiaux, autant de négociations en dominos qui peuvent tout faire changer au dernier moment. L'entourage du chef de l'Etat a promis aussi "de nouveaux talents" et "des personnalités venues d'horizons différents".

Au total, la nouvelle équipe compte 16 ministres, 14 ministres délégués et un secrétaire d'Etat. Elle se réunira pour la première fois en Conseil des ministres mardi à 15H00.

Le président Emmanuel Macron avait rappelé dans des tweets dimanche les lignes de force de la dernière partie de son quinquennat qu'un "gouvernement de mission et de rassemblement" devra mettre en oeuvre: "relance de l'économie, poursuite de la refondation de notre protection sociale et de l’environnement, rétablissement d’un ordre républicain juste" ou encore "défense de la souveraineté européenne".

M. Macron devrait fixer le cap à cette équipe à l'occasion d'une nouvelle intervention, probablement une interview à la télévision le jour de la fête nationale du 14 juillet, renouant avec une tradition présidentielle qu'il avait supprimée.

Le Premier ministre, qui avait prévu sa déclaration de politique générale devant l'Assemblée en milieu de semaine, devra attendre la prise de parole présidentielle pour, selon une source parlementaire non confirmée par Matignon, prononcer le lendemain ou le surlendemain une déclaration de politique générale devant l'Assemblée.

Lundi soir, Jean Castex s'est affirmé en "chef de la majorité" devant les parlementaires LREM, MoDem et Agir qu'il recevait à Matignon, aussitôt après la formation de son équipe gouvernementale.

Dans ce nouveau casting, il a reconnu qu'il n'y avait "pas de gros changement, mais ce n'était peut-être pas la peine, étant donné le contexte politique". "Et puis, il y en a déjà eu un à la tête de gouvernement", a-t-il ajouté d'après plusieurs participants.

"Ce gouvernement doit être la marque de l’unité. Unité de notre famille", a insisté le locataire de Matignon, soulignant que "trois parlementaires et non des moindres ont rejoint l’équipe gouvernementale", Barbara Pompili, Brigitte Bourguignon et Nadia Hai, toutes trois LREM.

"Tout ça pour ça!" a réagi auprès de l'AFP le président de LR Christian Jacob, qui ne voit qu'un " jeu de chaises musicales" et un président sans "cap". Pour Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise, il s'agit d'"un gouvernement libéral banal".

Julien Bayou, secrétaire général de EELV, espère que la nouvelle ministre de l'Ecologie Barbara Pompili fera "mieux que lors de son passage comme secrétaire d'Etat à la biodiversité sous Hollande" et demande "des actes".

Au RN, la nomination de l'avocat Eric Dupond-Moretti à Justice passe mal. Il s'agit d'un "militant d’extrême gauche qui souhaite l’interdiction du RN", pour Marine Le Pen

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