Il y a quelques mois encore, David Gauke était ministre de la Justice dans le gouvernement conservateur de Boris Johnson. Il se présente aujourd'hui comme indépendant aux législatives du 12 décembre, bien décidé à priver les Tories et leur dirigeant de la victoire.

"Avec une majorité (au Parlement), Boris Johnson pourrait poursuivre une ligne de conduite dangereuse sur le Brexit", a expliqué M. Gauke à l'AFP tout en distribuant des tracts lors d'un après-midi pluvieux à Tring, une petite ville à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Londres.

M. Gauke a démissionné du gouvernement lorsque Boris Johnson est devenu Premier ministre en juillet, en désaccord avec sa menace de sortir le Royaume-Uni de l'Union européenne même sans accord de divorce le 31 octobre, avant que le Brexit soit à nouveau reporté, de trois mois.

En septembre, le chef de gouvernement l'excluait abruptement du Parti conservateur, avec 20 autres députés modérés, pour avoir aidé l'opposition à contrarier sa stratégie sur le Brexit à la Chambre des communes, perdant sa majorité dans la foulée.

Ces rebelles avaient voté avec l'opposition une loi obligeant Boris Johnson à demander à Bruxelles un report du Brexit en l'absence d'accord de divorce, afin d'éviter un "no deal", scénario aux conséquences potentiellement chaotiques particulièrement redouté des milieux économiques.

- "Automutilation" -

Depuis, plusieurs d'entre eux ont été réintégrés, et d'autres ont décidé de ne pas se représenter. David Gauke est lui bien décidé à faire une nouvelle fois barrage au Premier ministre, comme son ancien collègue, Dominic Grieve, lors de ces élections anticipées censées sortir le Brexit de l'impasse.

Depuis son vote par 52% des Britanniques lors du référendum de 2016, il divise la population mais aussi les partis politiques, les conservateurs comme leurs opposants travaillistes.

David Gauke, qui avait soutenu l'accord de divorce négocié par Theresa May, le prédécesseur de Boris Johnson, pense désormais qu'un nouveau référendum est la seule manière de trancher la question.

Il espère bien faire entendre sa voix dans la circonscription de South-West Hertfordshire, qu'il avait remportée avec 58% des voix en 2017. Député conservateur durant 14 ans, il a fait campagne pour le parti à chaque élection depuis 1987.

"Branleur de Tory!", crie une femme en croisant le candidat dans la rue principale de Tring.

Mais la plupart des gens sont polis et plusieurs s'arrêtent pour discuter, malgré la bruine. "J'admire son courage", confie à l'AFP Carole Niven, une photographe de 66 ans,.

Le candidat reconnaît que cette élection est plus compliquée, sans le soutien de la machine du parti. "Je vais probablement perdre", admet-il, tout en disant savourer "chaque minute" de la campagne.

- "Traître" -

A plusieurs kilomètres au sud, son ancien collègue Dominic Grieve apprécie lui aussi son indépendance. "Je ne sais pas du tout si je vais gagner. Mais cela pourrait bien arriver", a confié à l'AFP l'ancien attorney general, plus haut responsable judiciaire du Royaume-Uni, dans la ville pittoresque de Marlow, sur la Tamise.

Boris Johnson "est totalement inapte à gouverner" et "fondamentalement malhonnête", dit-il.

Grieve a mené la fronde contre un "no deal" au Parlement et comme David Gauke, il espère que son appel pour un second référendum résonnera chez les électeurs dans la circonscription semi-rurale de Beaconsfield, qu'il tenait depuis 1997.

Pour lui, le Brexit est "le pire épisode d'automutilation que ce pays s'est infligé en temps de paix".

"Traître! Il a trahi le Parti!", fulmine Kerrie Kozak, 65 ans, un peintre et décorateur à la retraite. "J'ai voté pour sortir (de l'UE), comme plein de gens. Ce n'est pas démocratique de revenir en arrière", lance-t-il.

Les prises de position de Dominic Grieve sur le Brexit au Parlement en ont fait une star de la politique, régulièrement interviewée à la télévision, ce qui lui a attiré dons et bénévoles.

James McKinlay, 22 ans, est venu d'une circonscription voisine pour l'aider à distribuer des tracts. Pour lui, "faire passer le pays avant le parti, ça plaît à beaucoup de gens".