Guerre commerciale: Pékin laisse chuter le yuan et les marchés dévissent

Publié le à New York (AFP)

La décision de la Chine de laisser chuter sa devise vis-à-vis du dollar lundi, en pleine guerre commerciale entre Pékin et Washington, a provoqué une tempête sur les marchés financiers et la colère de Donald Trump, qui a dénoncé une nouvelle fois la manipulation du yuan.

La monnaie chinoise a franchi le seuil symbolique des 7 yuans pour un dollar, un seuil qui n'avait pas été enfoncé depuis 11 ans.

Autre conséquence des tensions sino-américaines, l'agence officielle Chine nouvelle a aussi annoncé dans la nuit de dimanche à lundi que les entreprises chinoises avaient cessé d'acheter des produits agricoles en provenance des Etats-Unis.

Ces décisions font suite à la menace de Donald Trump d'imposer des droits de douane supplémentaires à la quasi-totalité des importations chinoises à compter du 1er septembre.

La dépréciation du yuan a entraîné, sans surprise, une vive réaction du président américain qui a dénoncé une "manipulation de la monnaie". "Cette violation majeure affaiblira considérablement la Chine avec le temps", a-t-il tweeté.

"La Chine a l'intention de continuer à toucher des milliards de dollars pris aux Etats-Unis grâce aux pratiques commerciales déloyales et à la manipulation de la monnaie", a encore ajouté le président.

Le soudain emballement des différends entre les deux premières puissances économiques mondiales a touché de plein fouet les marchés financiers, Wall Street en tête: son indice vedette, le Dow Jones, a enregistré sa pire journée de l'année.

C'est juste après l'ouverture de la Bourse de New York, vers 13H35 GMT, que le yuan onshore est tombé jusqu'à 7,0536 yuans pour un dollar, un niveau plus vu depuis 2008.

Le yuan offshore, plus libre, a atteint en début des échanges asiatiques 7,1114 yuans pour un dollar, pour la première fois depuis 2010.

La monnaie chinoise n'est pas entièrement convertible et la Banque centrale chinoise fixe chaque jour un taux pivot, qui s'inscrivait lundi à 6,9225 pour un dollar, en repli de 0,33% par rapport à vendredi.

Mais le fait que le yuan offshore se reprenne un peu après avoir chuté en début de journée laisse supposer que la Banque centrale serait intervenue pour calmer les marchés.

Dans un communiqué, l'institution a assuré avoir "l'expérience, la confiance et la capacité de maintenir le taux de change du yuan à un niveau raisonnable et équilibré".

- 7,30 yuans pour un dollar ? -

La Chine et les Etats-Unis sont engagés depuis plus d'un an dans un bras de fer commercial qui s'est traduit par l'imposition réciproque de droits de douane punitifs.

Une baisse du yuan favorise les exportations chinoises et atténuerait l'impact de la hausse des droits de douane américains sur les produits chinois.

"Le gouvernement chinois peut être tenté d'autoriser une dépréciation supplémentaire du yuan pour soutenir sa croissance" au moment où les perspectives économiques du géant asiatique s'assombrissent du fait de la guerre commerciale, estime Ken Cheung, stratège à Mizuho Bank.

Pékin s'efforçait jusqu'ici de soutenir sa monnaie "pour ne pas compromettre" les pourparlers commerciaux avec les Etats-Unis, relève Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics.

Le Trésor américain s'est d'ailleurs refusé plusieurs fois, après enquête, à accuser la Chine de manipuler sa monnaie. Interrogés lundi sur le niveau du yuan, les services du Trésor n'ont pas fait de commentaires.

Mais laisser filer la devise sous les 7 yuans montre que les autorités chinoises "ont pratiquement abandonné tout espoir d'un accord commercial" avec Washington, estime M. Evans-Pritchard.

Donald Trump a relancé jeudi la guerre commerciale contre Pékin en annonçant son intention d'étendre des droits de douane supplémentaires à la quasi-totalité des importations en provenance de Chine à compter du 1er septembre.

- Une riposte -

Les Etats-Unis reprochent à la Chine d'être largement responsable de leur énorme déficit commercial. Ils réclament à Pékin des réformes structurelles pour interdire par exemple les subventions aux entreprises publiques, les transferts de technologie imposés aux entreprises étrangères et le "vol" de la propriété intellectuelle américaine. Ils exigent aussi l'achat de davantage de produits américains, notamment agricoles.

Mais en représailles aux dernières menaces de Donald Trump, Pékin a demandé à ses entreprises publiques de cesser l'achat de produits agricoles américains.

Dans sa riposte à Washington, la Chine viserait ainsi les agriculteurs américains, très dépendants du marché chinois et qui constituent une importante base électorale pour Donald Trump à l'approche de la présidentielle de 2020.

© 2019 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.