De nouveaux affrontements avec les forces de l'ordre ont éclaté vendredi à Hong Kong après l'interdiction par le gouvernement du port du masque pendant les manifestations.

La cheffe de l'exécutif local Carrie Lam a invoqué des dispositions d'urgence datant de 1922, auxquelles il n'avait plus été recouru ces 52 dernières années. Elle n'a en outre pas exclu de prendre d'autres mesures dans ce cadre si la situation continuait de s'envenimer.

Sitôt cette interdiction rendue publique, des actions de protestation ont commencé un peu partout dans l'ex-colonie britannique, tandis que fleurissaient sur les réseaux sociaux les appels à manifester les trois prochains jours.

De vastes foules, constituées pour l'essentiel d'employés de bureaux, ont bloqué des artères dans le coeur même du quartier des affaires, certains déchirant des bannières à la gloire de la Chine.

Dans la soirée des heurts ont éclaté, la police faisant usage de gaz lacrymogène en de nombreux endroits pour disperser les manifestants qui ont non seulement envahi des rues et y ont allumé des feux, mais aussi vandalisé des stations de métro (toutes les lignes ont été arrêtées) et des établissements commerciaux prochinois.

Dans l'arrondissement de Yuen Long, un policier a ouvert le feu lorsque sa voiture a été encerclée par la foule et qu'un cocktail Molotov a explosé à ses pieds, d'après des témoins de la scène.

"Une foule importante d'émeutiers a attaqué un policier en civil. Il est tombé au sol, puis a été battu par de nombreuses personnes. Dans ces circonstances de danger pour sa vie, le policier a tiré cinq balles pour sa sécurité", a déclaré la police dans un communiqué.

Dans le même quartier, un garçon de 14 ans a été blessé par balle, a rapporté le quotidien South China Morning Post citant une source médicale, sans pouvoir faire de lien entre les deux évènements.

Hong Kong traverse depuis juin sa pire crise politique depuis sa rétrocession à Pékin en 1997, avec des actions quasi quotidiennes et des confrontations de plus en plus violentes entre forces de l'ordre et protestataires masqués.

"Nous pensons que la nouvelle loi aura un effet dissuasif sur les manifestants violents et les émeutiers masqués et aidera la police dans sa mission de maintien de l'ordre", a déclaré Mme Lam au cours d'une conférence de presse vendredi.

Elle a précisé que cette interdiction, qui devait entrer en vigueur à minuit et prévoit jusqu'à un an de prison pour les contrevenants, ne signifiait pas que l'état d'urgence avait été décrété dans ce territoire semi-autonome.

- Eviter le "chaos" -

De leur côté, les autorités centrales chinoises ont jugé "extrêmement nécessaire" la mesure prise à Hong Kong. "Il est grand temps de mettre fin aux violences en adoptant une attitude plus claire et des mesures plus efficaces", car "le chaos actuel à Hong Kong ne peut pas continuer indéfiniment", a déclaré dans un communiqué le porte-parole du Bureau chargé, au sein du gouvernement chinois, des affaires de Hong Kong et de Macao, Yang Guang.

Plus tôt dans la journée, des milliers de Hongkongais avaient devancé l'annonce de Mme Lam pour manifester et promettre de ne pas se plier à l'interdiction.

Pour ne pas être identifiés et éviter les poursuites judiciaires, les manifestants défilent depuis juin le visage masqué. Certains portent aussi des casques, des lunettes de protection ou des masques à gaz afin de se protéger du gaz lacrymogène et des projectiles tirés par la police.

"Les jeunes risquent leur vie, cela leur est égal d'être emprisonnés pour 10 ans, donc ce n'est pas le fait de porter un masque qui leur posera problème", a dit à l'AFP un employé de 34 ans ayant dissimulé son visage.

- Emeutes de 1967 -

Hong Kong a connu mardi sa journée la plus violente depuis juin. Tandis que la Chine populaire célébrait son 70e anniversaire, cette ex-colonie britannique a été le théâtre d'affrontements dans de nombreux quartiers qui ont considérablement éprouvé les capacités de maintien de l'ordre de la police.

Et pour la première fois, un manifestant a été blessé par balle par un policier dont l'unité avait été attaquée.

Depuis, des élus fidèles à Pékin et des syndicats de police avaient appelé l'exécutif à recourir à la loi de 1922, qui autorise l'exécutif à prendre "n'importe quelle mesure", sans le feu vert du corps législatif, dans l'éventualité d'une situation d'urgence ou d'un danger pour la population.

Pendant les émeutes de 1967 - un mouvement social qui dégénéra pendant sept mois en batailles de rue entre forces de l'ordre et militants gauchistes -, la Grande-Bretagne avait mis en application ce texte pour élargir les prérogatives de la police en matière d'arrestations, mais aussi pour largement censurer les médias.

- "Ironique" -

La majorité politique juge ces mesures d'urgence nécessaires face à une frange radicale de plus en plus violente.

Mais l'opposition estime que permettre ainsi à Mme Lam de court-circuiter le contrôle parlementaire engagerait le territoire sur une pente glissante, d'autant que Hong Kong a assis sa réputation de centre financier mondial sur le respect de l'Etat de droit et l'indépendance de la justice.

Pour Joshua Wong, une figure de proue du combat pour la démocratie, cette loi "annonce le début de la fin de Hong Kong".

"Il est ironique qu'une arme de l'ère coloniale soit utilisée par le gouvernement chinois et le Parti communiste chinois", a-t-il dit à l'AFP.