Les militants prodémocratie ont promis vendredi de poursuivre le combat contre la répression lancée par Pékin à Hong Kong, au terme d'un mois marqué par la disqualification de leurs candidats aux élections, des arrestations d'étudiants et le départ en exil de figures de l'opposition.

Un an après des manifestations sans précédent dans l'ex-colonie britannique depuis sa rétrocession en 1997, le pouvoir central chinois a engagé une reprise en main musclée de son territoire semi-autonome, auquel il a imposé fin juin une loi draconienne sur la sécurité nationale.

Beaucoup d'opposants la présentent comme le dernier clou sur le cercueil du principe "Un pays, deux systèmes", qui était censé garantir à la ville jusqu'en 2047 des libertés inconnues ailleurs en Chine continentale.

Jeudi, les autorités hongkongaises, qui sont alignées sur Pékin, ont annoncé l'invalidation de la candidature de 12 militants prodémocratie aux élections législatives théoriquement prévues en septembre.

"Notre résistance se poursuivra et nous espérons que le monde se tiendra à nos côtés dans les batailles à venir", a déclaré vendredi matin lors d'une conférence de presse Joshua Wong, qui avait en 2014 été le visage du "Mouvement des parapluies", et dont la candidature a également été rejetée.

- "Fraude électorale" -

Vêtu d'un t-shirt noir arborant la phrase "Ils ne peuvent pas tous nous tuer", le militant de 23 ans a fustigé la disqualification des 12 candidats.

"C'est sans aucun doute la période de fraude électorale la plus scandaleuse de l'histoire de Hong Kong", a déclaré celui que les autorités avaient déjà empêché de se présenter aux élections locales de novembre, au cours desquelles le camp prodémocratie avait triomphé.

Dans un communiqué, l'exécutif a dressé une longue liste des raisons à l'appui de ces disqualifications, citant le fait que certains candidats aient critiqué la loi sur la sécurité ou refusé de reconnaître la souveraineté de la Chine.

Plus ubuesque, elle a reproché à certains le fait qu'ils aient l'intention de conquérir la majorité au Conseil législatif (LegCo, le Parlement de la ville).

Le camp prodémocratie espérait en effet capitaliser sur la popularité de la contestation de l'an passé, et sur son succès aux scrutins locaux en novembre, pour obtenir pour la première fois la majorité au LegCo, qui est composé de telle sorte qu'il penche normalement quasi automatiquement du côté des pro-Pékin.

Plus de 600.000 Hongkongais avaient participé mi-juillet aux primaires organisées par le camp pro-démocratie dans cette ville de 7,5 millions d'habitants, une consultation largement analysée comme un grand succès populaire.

- Report des élections? -

Voilà cependant plusieurs jours que des doutes sont apparus quant à la tenue même de ces élections.

Plusieurs médias locaux ont fait état cette semaine de l'intention de l'exécutif de les reporter en raison de la récente augmentation des cas de Covid-19 qui a poussé les autorités à durcir considérablement les restrictions.

Plus de la moitié des 3272 cas de coronavirus enregistrés à Hong Kong l'ont été depuis le début du mois de juillet.

Aucune annonce officielle n'a toutefois été faite. Tout report alimentera probablement les accusations d'instrumentalisation de l'épidémie.

"Ce serait l'effondrement total de notre système constitutionnel", a averti dans un communiqué une coalition de partis démocrates.

Le bureau de la cheffe de l'exécutif Carrie Lam, qui est désignée par Pékin, a annoncé que celle-ci donnerait vendredi soir une conférence de presse, sans en préciser l'objet.

Après les élections de 2016, plusieurs élus prodémocratie avaient été disqualifiés pour avoir délibérément modifié leur prestation de serment afin de manifester leur hostilité vis-à-vis de l'influence de la Chine.

- Etudiants libérés sous caution -

L'invalidation des candidatures est tombée moins de 24 heures après l'arrestation mercredi soir de quatre étudiants, trois hommes et une femme âgés de 16 à 21 ans, d'anciens membres d'une organisation prônant l'indépendance et récemment dissoute.

Il s'agissait des premières interpellations par l'unité de la police hongkongaise créée pour faire respecter la loi sur la sécurité.

Les quatre ont été libérés vendredi sous caution.

La veille, le camp prodémocratie s'était ému du limogeage, par l'Université de Hong Kong, du professeur de droit Benny Tai qui avait été incarcéré en 2019 l'an passé pour son rôle dans le "Mouvement des parapluies".

Avocat inlassable de la non-violence, M. Tai avait été un des organisateurs des primaires prodémocrates.

Hong Kong a connu en 2019 un vaste mouvement de contestation de l'influence chinoise, qui a été marqué par plusieurs mois de manifestations quasi quotidiennes ayant parfois dégénéré en violences entre radicaux et forces anti-émeutes.