Des dizaines de milliers de manifestants pro-démocratie sont retournés dimanche dans les rues de Hong Kong mettant ainsi fin à une brève période de calme en près de six mois de contestation politique.

Cette journée de mobilisation avait valeur de test pour les autorités et les manifestants, une semaine après des élections locales marquées par une écrasante victoire du camp pro-démocratie auquel Pékin et l'exécutif local refusent toute nouvelle concession.

Nombre de Hongkongais ayant pris part dimanche à l'un des trois rassemblements autorisés par les autorités étaient déterminés à mettre la pression sur les autorités hongkongaises pour qu'elles accèdent à leurs demandent.

"Le gouvernement ne nous entend toujours pas donc les manifestations vont continuer, elles ne s'arrêteront pas", a affirmé un étudiant de 20 ans, qui a seulement accepté de donner son prénom, Chen.

"Il est difficile de prédire ce qui va se passer. Mais les gens sont toujours très en colère et veulent du changement", a-t-il déclaré à l'AFP lors d'une manifestation dans le quartier commerçant de Tsim Sha Tsui, au sud de la péninsule.

"N'oubliez jamais pourquoi vous avez commencé", pouvait-on lire sur une banderole portée par des protestataires.

Une petite fille a entonné des slogans réitérant les revendications du mouvement, notamment la mise en place d'un véritable suffrage universel.

Une partie du cortège a été arrêtée par un cordon de police. Les forces de l'ordre ont demandé aux manifestants de ne pas avancer, affirmant qu'ils s'écartaient de l'itinéraire autorisé.

- "Ce n'est pas fini" -

Un policier a pulvérise du gaz au poivre sur les manifestants qui ont aussitôt ouvert leurs parapluies pour se protéger.

Un peu plus tôt dans l'après-midi, un rassemblement de moindre envergure s'est déroulé devant le consulat américain afin de remercier Washington pour son soutien au mouvement de contestation.

"Je voudrais envoyer un message au gouvernement: nous n'avons pas fini et ce n'est pas fini", a expliqué à l'AFP un manifestant de 27 ans.

Il a dit espérer que ces nouvelles actions se dérouleront de manière pacifique, redoutant "que l'opinion publique ne change si la violence et les affrontements se poursuivent".

Se faisant cependant l'écho de nombreux militants radicaux qui soutiennent l'usage de la violence par le mouvement de contestation, il ne peut s'empêcher de craindre que le mouvement "ne dépérisse si nous adoptons une attitude totalement pacifique".

Parmi les manifestants, une adolescente de 13 ans, qui a donné son nom de famille, Leung.

"Je pense que les Hongkongais continueront à descendre dans la rue, sinon le gouvernement pourrait croire à tort que nous avons renoncé à nos revendications", a-t-elle déclaré à l'AFP.

"Je me joindrai à eux aussi souvent que je le pourrai", a-t-elle promis.

Dimanche matin, des enfants et des personnes âgées ont participé à une manifestation pacifique qui s'est déroulée sans incident.

- La violence redoutée -

Les organisateurs de ces manifestations avaient appelé les participants à demeurer "très modérés", redoutant un retour de la violence qui a émaillé les rassemblements, en particulier au cours des derniers mois.

Dans la nuit de samedi à dimanche, dans le quartier populaire de Mong Kog, des manifestants ont bloqué des routes et la police a fait à trois reprises usage de gaz lacrymogène, pour la première fois depuis le scrutin du 24 novembre.

Dimanche, une vidéo circulait sur internet montrant un manifestant agressant brutalement un homme qui essayait de dégager une barricade.

Dans cette séquence filmée, le commentateur se moque de la victime qui trébuche avant de s'effondrer après avoir été frappée à la tête avec un lourd objet. Du sang s'écoule de sa blessure.

La police a confirmé cet incident dans un communiqué, précisant que "jusqu'à présent, personne n'a été arrêtée et que "la victime, souffrant d'un grave traumatisme crânien, a été hospitalisée".

Le chef de la police hongkongaise, Chris Tang Ping-keung, a indiqué dimanche à la radio que cette attaque, qui s'est produite samedi soir à Mong Kok, "aurait pu le tuer", a affirmé M. Tang.

Le mouvement pro-démocratie a débuté en juin à la suite du rejet d'un projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Celui-ci a depuis été suspendu, mais les manifestants ont élargi leurs revendications.