L'indignation suscitée en Inde par la mort d'une jeune fille dalit victime d'un viol collectif s'est accrue mercredi lorsque la police a été accusée d'avoir incinéré son corps contre la volonté de la famille.

La jeune fille, âgée de 19 ans, habitait le village de Bool Garhi dans l'Etat d'Uttar Pradesh (Nord) et appartenait à la communauté défavorisée des dalits, autrefois appelés "intouchables", au bas de l'échelle sociale du rigide système de castes indien.

Partie chercher du fourrage, elle a été retrouvée grièvement blessée après avoir été attaquée le 14 septembre par quatre hommes de plus haute caste, selon sa famille. Transportée dans un hôpital de New Delhi, à 200 km de son village, elle est morte mardi. Les quatre suspects ont été arrêtés.

Les forces de l'ordre étaient présentes en masse mercredi à Bool Garhi. Des équipes de télévision se pressaient pour interroger les proches de la victime, dont la maison familiale était gardée par des policiers armés.

L'agression survient quelque mois après l'exécution, le 20 mars, de quatre hommes pour le viol et le meurtre d'une étudiante dans un bus de Delhi en décembre 2012, un crime devenu le symbole du problème des violences sexuelles envers les femmes en Inde.

Cette nouvelle affaire suscite la colère dans le pays, alimentée mercredi par les accusations de la famille de la victime reprochant à la police d'avoir incinéré son corps durant la nuit près du village, sans respecter leur volonté ni leurs coutumes religieuses.

"Je n'ai même pas été autorisée à voir le corps de ma fille une dernière fois avant qu'ils le brûlent", a déclaré sa mère mercredi aux journalistes.

Les suspects sont tous âgés d'une vingtaine ou d'une trentaine d'années et l'un d'eux est un riche propriétaire terrien redouté par les villageois, selon le quotidien The Indian Express. Il "fait des problèmes mais personne ne dit jamais rien (...). Il boit, harcèle les femmes. Tout le monde a peur de cette famille", a confié un habitant au journal.

Le chef de la police locale, Vikrant Vir, a assuré que la crémation s'était déroulée avec l'accord de la famille, ajoutant néanmoins: "nous ne voulions personne de l'extérieur susceptible de créer des perturbations".

- "Suprémacisme de caste" -

Pour le groupe de défense des femmes All India Progressive Women's Association, le refus "de laisser à une famille dalit le droit de pleurer sa fille et lui dire adieu avec ses émotions et ses coutumes empeste le suprémacisme de caste".

Les quelque 200 millions de dalits indiens subissent de longue date discriminations et agressions. Ces dernières ont augmenté pendant la pandémie causée par le coronavirus, selon leurs défenseurs.

Mercredi, plusieurs dizaines de manifestants ont été arrêtés par la police devant le bureau à New Delhi du gouvernement de l'Uttar Pradesh, barricadé par les forces de l'ordre.

"Nous avons sans cesse des affaires de viol", a déclaré à l'AFP Jaideep, un manifestant. "Cette fois, il y a eu tellement de pression des hautes castes que la police n'a pas enregistré l'affaire pendant huit jours".

La veille au soir, la police anti-émeutes avait dispersé des centaines de manifestants, dont des proches de la victime, devant l'hôpital où elle est morte.

En 2019, 87 viols ont été rapportés chaque jour en moyenne en Inde et les crimes contre des femmes ont augmenté de plus de 7% sur un an, selon des données officielles publiées mardi. Beaucoup de viols ne sont pas déclarés, estiment des experts.