Irak: offensive kurde contre les jihadistes, raids américains accrus

Publié le à Badriyah (Irak) (AFP)

Les combattants kurdes et les forces irakiennes, appuyés par des raids américains, poursuivaient lundi leur offensive contre les jihadistes après avoir repris le principal barrage d'Irak, un pays menacé d'éclatement où Washington et Londres ont renforcé leur engagement militaire.

La reprise du barrage de Mossoul, dans le Nord, est le revers le plus important infligé aux jihadistes de l'Etat islamique (EI) depuis qu'ils ont lancé le 9 juin une offensive fulgurante qui leur a permis de s'emparer de larges pans de territoire face à une armée en déroute.

Les extrémistes de l'EI, qui sèment également la terreur en Syrie voisine où ils occupent plusieurs régions, sont aussi sous le feu de l'aviation du régime de Bachar al-Assad qui a mené ces dernières 48 heures des dizaines de raids contre leurs positions dans le Nord et l'Est.

Accusé de multiples exactions -exécutions sommaires, viols et persécutions- ce puissant groupe ultra-radical a proclamé fin juin un califat à cheval sur des territoires situés en Irak et en Syrie où il affronte à la fois le régime et les rebelles.

Après avoir repris dimanche le barrage de Mossoul dont les jihadistes s'étaient emparés le 7 août, les forces kurdes combattaient les jihadistes plus au sud alors que des équipes d'experts parcouraient le site à la recherche d'engins explosifs qui y auraient été laissés par l'EI, selon le responsable kurde Kawa Khatari.

"Les avions bombardent et les peshmergas (combattants kurdes) avancent", a déclaré un combattant kurde à l'AFP.

Des journalistes de l'AFP ont vu des colonnes de fumée se dégager d'un secteur visé après un survol d'avions de combat près du barrage situé à 50 km de Mossoul, place forte de l'EI conquise au deuxième jour de l'offensive.

Selon le commandement militaire Centcom, l'armée américaine a mené 15 frappes contre des positions de l'EI aux environs du barrage, détruisant 9 de ses positions, un check-point, six véhicules blindés et un blindé léger.

- 'Forme très radicale de terrorisme' -

La veille, elle avait lancé 14 raids près du barrage situé sur le Tigre, l'un des bombardements les plus massifs contre l'EI depuis le début des frappes américaines le 8 août dans le nord irakien.

Des combats se déroulaient aussi dans la localité de Tal Kayf, au sud-est du barrage, et seul un "petit nombre" de jihadistes se trouvaient encore dans le secteur, a indiqué un officier kurde.

Le porte-parole irakien pour la sécurité, le général Qassem Atta, a confirmé la reprise totale du site lors d'une opération conjointe "des forces anti-terroristes et des peshmergas avec un soutien aérien".

Début août, les combattants kurdes d'Irak, de Syrie et de Turquie ont uni leurs forces dans une rare alliance pour faire face à la progression jihadiste qui menaçait le Kurdistan irakien autonome, à l'est de Mossoul.

Le président Barack Obama a indiqué avoir autorisé les frappes aériennes pour soutenir les opérations des forces irakiennes et protéger les intérêts américains en Irak.

Son allié britannique, le Premier ministre David Cameron, estimant que l'EI représentait une menace directe pour le Royaume-Uni, a affirmé que son pays devait employer toutes ses "capacités militaires" pour stopper l'avancée de ce groupe.

L'engagement britannique "n'est pas simplement une mission humanitaire. Avec d'autres pays en Europe nous sommes déterminés à faire ce que nous pouvons pour aider le gouvernement irakien à combattre cette forme nouvelle et très radicale de terrorisme promue par l'EI", a dit le ministre britannique de la Défense Michael Fallon.

- Soulèvement tribal dans l'ouest -

Après un peu plus de deux mois de violences ayant plongé le pays dans la tourmente, les puissances occidentales, soulagées par le départ du très contesté Premier ministre Nouri al-Maliki, ont envoyé de l'aide humanitaire aux centaines de milliers de réfugiés ayant fui les jihadistes, ainsi que des armes aux Kurdes.

M. Maliki était accusé d'avoir alimenté le chaos après huit ans passé au pouvoir, surtout la montée en force des jihadistes, en menant une politique autoritaire excluant la minorité sunnite dans un pays majoritairement chiite.

Après le départ de M. Maliki, honni par les sunnites surtout dans la province occidentale d'Al-Anbar, des puissantes tribus sunnites ont pris les armes pour aider les forces irakiennes à chasser les jihadistes de leur région, reprenant la localité d'Al-Uqda, a indiqué la police.

Au plan humanitaire, les membres de minorités, dont les Yazidis, les chrétiens, les Shabaks et les Turcomans, sont toujours menacés d'être tués ou enlevés par les jihadistes, selon des ONG.

Des dizaines de milliers de la minorité kurdophone et non-musulmane des Yazidis avaient fui leur bastion de Sinjar pris le 3 août par l'EI, se réfugiant dans les montagnes environnantes ou dans le Kurdistan. Leur situation désespérée avait déclenché un élan international pour la livraison d'aide et participé à la décision américaine de lancer des frappes.

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