Un manifestant a été tué lundi à Nassiriya, dans le sud de l'Irak, lorsque des hommes armés non identifiés ont pris d'assaut une place de cette ville où campaient depuis des mois des protestataires, selon une source médicale.

Juste après minuit, des hommes armés ont pénétré sur la place Habboubi, à Nassiriya, mettant le feu à des tentes de manifestants, selon un correspondant de l'AFP. Des morceaux de tissus et des armatures en métal carbonisés jonchaient le sol au petit matin.

Les hommes armés ont également tiré sur les manifestants, en tuant un et en blessant quatre autres, selon une source médicale.

Quelques heures plus tard, des protestataires déterminés se sont de nouveau rassemblés et ont fermé deux des principaux ponts de la ville.

Dans la ville sainte de Najaf, également au sud de la capitale, le principal camp de protestaires a également été incendié dans la nuit par des inconnus, selon un correspondant de l'AFP.

L'Irak est le théâtre depuis le 1er octobre d'un mouvement inédit dominé par la jeunesse qui, après avoir dénoncé le manque d'emplois et de services et la corruption endémique, réclame désormais des élections anticipées et un Premier ministre indépendant.

Après avoir un peu perdu de son élan après l'assassinat par les Etats-Unis, le 3 janvier à Bagdad, du général Qassem Soleimani, émissaire iranien en Irak, qui a ravivé l'antiaméricanisme dans le pays, le mouvement est reparti de plus belle, rejetant toute ingérence étrangère.

Il y a une semaine, les manifestants ont commencé à bloquer des rues avec des pneus brûlés et des barricades, mais les forces anti-émeutes y ont répondu avec violence, tirant notamment à balles réelles sur les protestataires.

Vingt et un manifestants ont été tués et des dizaines d'autres blessés depuis une semaine.

Le décès de lundi porte à plus de 480 le nombre de personnes, en grande majorité des manifestants, qui sont mortes depuis le 1er octobre, selon un décompte de l'AFP.

Vendredi, les forces de l'ordre avaient commencé à pénétrer dans les principaux camps des manifestants, après qu'un influent leader chiite, Moqtada Sadr, leur eut retiré son soutien.

Cette décision de Moqtada Sadr a fait craindre à certains que cela ne laisse le champ libre au pouvoir pour réprimer.

Cela n'a cependant pas empêché des milliers de jeunes de se rassembler dimanche dans les principales villes pour afficher leur détermination.

Moqtada Sadr avait mobilisé vendredi des milliers de ses partisans pour réclamer le départ des 5.200 soldats américains stationnés en Irak.

Dimanche, trois roquettes ont frappé, dont une pour la première fois directement, l'ambassade américaine à Bagdad, faisant un blessé.

Comme d'autres attaques précédentes anti-américaines dans le pays, celle de dimanche n'a pas été revendiquée mais Washington a plusieurs fois accusé des milices pro-Iran.