Le président iranien Hassan Rohani a fustigé mardi les Etats-Unis, qui ne supportent pas selon lui la victoire de la révolution islamique, devant une foule immense scandant des slogans anti-américains à l'occasion du renversement du régime impérial du chah.

Une marée humaine a bravé un froid glacial, alors que la capitale s'était réveillée sous un manteau de neige, pour se rassembler sur la place Azadi [liberté en persan] à Téhéran, dans une volonté de montrer l'"unité" du peuple dans une période où l'Iran est sous pression constante des Etats-Unis.

Certains s'étaient peint les joues aux couleurs du drapeau iranien, d'autres brandissant des portraits des ayatollahs Rouhollah Khomeiny, père fondateur de la République islamique, et Ali Khamenei, son successeur.

"Mort à l'Amérique", "mort à Israël", "mort aux Saoudiens", "A bas le plan de Trump en Palestine!", ont notamment scandé les participants, en référence au plan américain de règlement du conflit israélo-palestinien, rejeté par l'Iran et d'autres pays musulmans.

"Nous résisterons jusqu'à la fin", pouvait-on aussi lire sur des banderoles.

- "Sécuriser notre pays" -

L'Etat avait appelé les Iraniens à se rendre en masse au rassemblement, à l'issue d'une année marquée par des manifestations violentes provoquées par une subite augmentation du prix des carburants, mais surtout par les tensions avec les Etats-Unis.

"Sécuriser notre pays et notre région dépend de notre unité, et la participation à ce rassemblement est un symbole de cette unité", a déclaré une importante figure réformatrice, Hadi Khamenei, frère de l'ayatollah Ali Khamenei, selon la télévision d'Etat.

Après le retour d'exil de l'ayatollah Rouhollah Khomeiny, le 1er février 1979, l'Iran avait célébré le 11 février le renversement du régime impérial du chah Mohammad Réza Pahlavi, allié de Washington.

En avril 1980, Washington avait rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran, où des étudiants islamistes avaient pris en otage des diplomates américains à l'ambassade.

Les tensions entre les deux pays ont récemment atteint un nouveau pic après la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani, tué par une frappe américaine à Bagdad le 3 janvier.

En représailles, l'Iran a tiré des missiles le 8 janvier sur deux bases irakiennes abritant des Américains.

"Il est insupportable pour les Etats-Unis d'accepter la victoire d’une grande nation et qu’une superpuissance ait été chassée de cette terre", a lancé M. Rohani lors du rassemblement.

"C'est naturel pour eux (les Etats-Unis, NDLR) d'avoir rêvé, pendant 41 ans, à un retour sur cette terre, parce qu'ils savent que nous sommes l'un des pays les plus puissants" du Moyen-Orient, a estimé le président iranien.

- "Grandeur" -

"Les Américains n'ont pas compris la grandeur du peuple iranien. Les Etats-Unis pensent qu'ils font face à 41 ans de civilisation. Non, les Américains font face à des milliers d'années de civilisation iranienne", a-t-il encore proclamé.

Yasser Mohammadi, 37 ans, employé dans l'import-export, dit à l'AFP être venu pour "soutenir l'autorité de la République islamique". "C'est vrai que nous avons des problèmes intérieurs, comme l'économie et la mauvaise gestion, mais cela ne nous empêchera pas de soutenir notre République islamique!", lance-t-il.

"Nous voulons aussi montrer au monde que les Etats-Unis se comportent mal et ont tort", a-t-il ajouté,dénonçant avec virulence la mort du général Soleimani.

Un peu plus loin, recouverte d'un tchador, une jeune femme de 34 ans affirme à l'AFP que le général iranien est "mort pour les Iraniens, mais aussi pour tous les musulmans du monde".

Les relations entre Washington et Téhéran se sont fortement dégradées depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis en mai 2018 de l'accord international sur le nucléaire iranien.

A la suite de leur retrait, les Etats-Unis ont rétabli une série de sanctions économiques contre l'Iran, dans le cadre d'une campagne de "pression maximale" contre la République islamique.

"Ces deux dernières années, l'Amérique a mis une telle pression sur notre peuple bien aimé, sur tout notre système commercial, sur toutes nos importations (...) pour épuiser la patience de notre population", a accusé M. Rohani.

Ce rassemblement survient dix jours avant les élections législatives. Nombre d'analystes prédisent un échec à l'alliance de gouvernement de M. Rohani, formée par les modérés et les réformateurs.