Iran: le modéré Hassan Rohani largement en tête de la présidentielle

Publié le à TEHERAN (AFP)

Le modéré Hassan Rohani arrivait samedi à la mi-journée largement en tête du premier tour de l'élection présidentielle en Iran, avec 50% des voix et une large avance sur ses adversaires conservateurs, selon des résultats partiels reposant sur un tiers des bureaux de vote.
Une éventuelle victoire du candidat soutenu par les courants modéré et réformateur ne marquera toutefois pas une rupture dans la politique de la République islamique, les dossiers stratégiques comme le nucléaire ou les relations internationales étant sous l'autorité directe du guide suprême Ali Khamenei.
Cette élection intervient sur fond de grave crise économique due aux sanctions internationales imposées à l'Iran en raison de son programme nucléaire controversé et quatre ans après la victoire contestée dans la rue du conservateur Mahmoud Ahmadinejad.
D'après le décompte partiel (36% des bureaux de vote) annoncé à la mi-journée par le ministère de l'Intérieur, M. Rohani, 64 ans, un proche de l'ancien président Akbar Hachémi-Rafsandjani, obtenait 6,05 millions de voix,soit 50,03% des suffrages.
Il devance largement trois conservateurs: le maire de Téhéran Mohammad Bagher Ghalibaf (15,2%), l'ex-commandant des Gardiens de la Révolution, l'armée d'élite du régime, Mohsen Rezaïe (12,5%) et le chef des négociateurs nucléaires Saïd Jalili (11,5%).
Les deux autres candidats, l'ex-chef de la diplomatie Ali Akbar Velayati et Mohammad Gharazi, sont encore plus loin derrière.
Aucune irrégularité n'a été constatée, a précisé le Conseil des gardiens de la Constitution, qui supervise le scrutin. Un deuxième tour est prévu le 21 juin si le candidat en tête n'obtenait pas plus de 50% des voix.
Représentant de l'ayatollah Khamenei au sein du Conseil suprême de la sécurité nationale, M. Rohani a bénéficié du désistement du candidat réformateur Mohammad Reza Aref et de l'appui du chef des réformateurs Mohammad Khatami.
Il prône plus de souplesse dans le dialogue avec l'Occident, pour alléger les sanctions, des négociations qu'il avait dirigées entre 2003 et 2005 sous la présidence Khatami (1997-2005). Durant la campagne, il a évoqué de possibles discussions directes avec les Etats-Unis, ennemi historique de l'Iran.
Saïd Jalili, membre de l'aile dure du régime, ou Mohammad Bagher Ghalibaf refusent, eux, toute "concession".
Le ministère n'a donné aucun chiffre de participation au scrutin, mais il devrait dépasser les 70% en raison de la forte mobilisation des Iraniens dont plus de 50,5 millions étaient appelés aux urnes, selon des responsables. En 2009, ce taux était de 85%.
Toute la journée de vendredi, les électeurs avaient longuement patienté dans les files formées devant les bureaux de vote et les opérations ont été prolongées de plusieurs heures en raison de l'affluence.
"L'épopée"
"Le peuple a créé l'épopée", lance Jam-e Jam en saluant un vote massif, alors que le journal réformateur Arman salue ce peuple qui a "fait son travail".
M. Rohani a remercié ses partisans pour "cette participation et l'unité (des réformateurs et modérés qui) aidera l'Iran à prendre une nouvelle voie".
Les six candidats avaient demandé à leurs partisans d'éviter tout rassemblement avant l'annonce des résultats officiels.
En 2009, l'annonce de la réélection de M. Ahmadinejad dès le 1er tour avait provoqué des heurts entre police et partisans des candidats réformateurs malheureux, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, et des semaines de manifestations de masse dénonçant des fraudes massives.
La contestation avait été sévèrement réprimée et les deux ex-candidats sont en résidence surveillée depuis 2011.
Pour le camp réformateur, l'enjeu du scrutin de vendredi était de mobiliser ceux qui avaient manifesté contre la réélection de M. Ahmadinejad puis juré de ne plus participer à un scrutin qu'ils estimaient joué d'avance. Pour les conservateurs, il s'agissait de montrer que le peuple soutenait le régime face à ses "ennemis".
Mais la majorité des électeurs partageait la même préoccupation: la crise économique qui se traduit par une hausse du chômage, une inflation supérieure à 30% et une dépréciation du rial de près de 70%.
La crise a été provoquée par les sanctions internationales décrétées contre l'Iran qui, malgré ses démentis, est soupçonné de vouloir se doter de l'arme atomique.
Selon la Constitution, le président est le deuxième personnage de l'Etat et ses capacités d'action sont limitées sur les dossiers stratégiques, tel le nucléaire.
De plus, M. Rohani, s'il est élu, devra également composer avec les frères Ali et Sadegh Larijani, deux conservateurs à la tête respectivement du Parlement et de l'Autorité judiciaire.
Israël, l'autre ennemi juré de l'Iran, et les Etats-Unis ont d'ailleurs souligné que l'élection n'apporterait pas de changement dans la politique iranienne.
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