Le procès de deux chercheurs français détenus en Iran, Fariba Adelkhah et Roland Marchal, doit s'ouvrir mardi à Téhéran, mais leur avocat estime que l'audience risque d'être reportée.

Anthropologue franco-iranienne réputée, spécialiste du chiisme, Mme Adelkhah est détenue depuis juin en Iran, tout comme son compagnon français, M. Marchal, africaniste dévoué à l'analyse des guerres civiles en Afrique subsaharienne.

Leur avocat, Saïd Dehghan, et leur comité de soutien en France ont fait part récemment d'une détérioration de l'état de santé des deux chercheurs et émis de vives craintes à ce sujet, liées notamment à l'épidémie de nouveau coronavirus qui frappe l'Iran de plein fouet.

Le procès à huis clos de Mme Adelkhah et M. Marchal doit s'ouvrir mardi à 05H30 GMT devant la 15e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, avait indiqué le 18 février Me Dehghan.

Mais ce dernier émet désormais des doutes sur la tenue de cette audience.

"Le procès de mardi risque d'être reporté. Pour connaître la date exacte il faut attendre jusqu'à mardi matin", a-t-il déclaré dimanche à l'AFP, sans détailler les raisons de ses craintes.

En France, certaines sources estiment que le sort de Mme Adelkhah et M. Marchal pourrait être intimement lié à celui d'un ressortissant iranien, Jalal Rohollahnejad, détenu en France et menacé d'extradition aux Etats-Unis.

- Iranien détenu en France -

Alors que l'Iran a procédé récemment à des échanges de détenus avec les Etats-Unis et l'Allemagne, la Cour de cassation française est censée se prononcer le 11 mars sur le pourvoi de cet ingénieur en vue d'éviter son extradition.

Si son pourvoi en cassation venait à être rejeté, comme cela semble probable au vu des préconisations de l'avocat général de la Cour de cassation, il reviendra en dernier ressort au Premier ministre Edouard Philippe de statuer sur son cas.

Selon Me Dehghan, Mme Adelkhah est poursuivie pour "propagande contre le système" politique de la République islamique d'Iran, et "collusion en vue d'attenter à la sûreté nationale". Seul ce dernier chef d'accusation, passible de deux à cinq ans de prison, est retenu contre M. Marchal.

La "propagande contre le système", est elle passible de trois mois à un an d'emprisonnement.

"Notre demande auprès du tribunal est que, s'ils ont l'intention de reporter le procès, ils (ordonnent) immédiatement (...) la libération temporaire de mes clients", sous caution, a déclaré Me Dehghan dimanche.

Leur maintien en détention prolongée, en cas de report du procès, les exposerait à des "circonstances dangereuses et incertaines", dit-il, "compte tenu (...) du coronavirus" qui selon lui menacerait les deux Français davantage "dans un environnement carcéral fermé".

Mme Adelkhah et M. Marchal sont détenus à la prison d'Evine, dans le nord de Téhéran, province du pays où les autorités disent avoir relevé le plus grand nombre de personnes touchées par la maladie Covid-19.

- "En mauvais état" -

Selon Me Dehghan, Mme Adelkhah, née en Iran en 1959, a regagné samedi "la section pour femmes de la prison" après avoir été admise pendant plusieurs jours pour des soins dans l'hôpital du centre de détention.

Fortement affaiblie par une grève de la faim qu'elle a menée de fin décembre à mi-février, la chercheuse "continue de se plaindre de graves douleurs aux reins", a ajouté son avocat.

Me Dehghan ne cache pas craindre que Mme Adelkhah ait pu être contaminée par le nouveau coronavirus lors de son passage à l'hôpital.

Quant à M. Marchal, âgé de 64 ans, il "est malade et en mauvais état, mentalement et physiquement", a-t-il poursuivi.

Néanmoins, si le procès s'ouvre mardi, les deux chercheurs se présenteront au tribunal, a indiqué Me Dehghan, qui compte plaider non-coupable.

Le comité de soutien des deux universitaires estime que les charges retenues contre eux sont fabriquées de toutes pièces et ne cesse de réclamer leur libération immédiate.

Les autorités françaises ne cessent également de réclamer la libération de ces deux membres du Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris.

L'Iran ne reconnaît pas la double nationalité. Il dénonce régulièrement comme une ingérence les appels à libérer les deux chercheurs.