Les Premiers ministres britannique et irlandais ont joint leurs voix jeudi aux dirigeants d'Irlande du Nord, unionistes comme républicains, pour condamner les violences "inacceptables" qui secouent la province britannique, dans un contexte de tensions et d'amertume dans le sillage du Brexit.

Avec des jets de projectiles vers les forces de l'ordre et véhicules incendiés, principalement dans des zones loyalistes à majorité protestante, la province est agitée depuis une semaine par des heurts qui n'avaient plus été vus depuis des années.

Ces violences, qui ont fait plus de 50 blessés dans la police, font resurgir le spectre des trois décennies sanglantes des "Troubles" entre républicains, principalement des catholiques partisans de la réunification avec l'Irlande, et unionistes protestants, qui ont fait 3.500 morts.

Avant une séance extraordinaire du Parlement local, le gouvernement nord-irlandais, composé d'unionistes et de républicains, a publié un communiqué commun pour dénoncer des violences "complètement inacceptables et injustifiables, quelles que soient les inquiétudes", appelant à cesser "les attaques contre la police, les services publics et les communautés".

Boris Johnson, qui a depêché sur place son ministre de l'Irlande du Nord Brandon Lewis, s'est entretenu dans l'après-midi avec son homologue irlandais, Micheal Martin.

"Soulignant que la violence est inacceptable, ils ont appelé au calme", a indiqué Dublin. "C'est par le dialogue et un travail sur les institutions mises en place par l'accord du Vendredi Saint (qui a mis fin aux Troubles en 1998) qu'il faut avancer".

La Maison Blanche a également appelé au calme, se disant "préoccupée" par ces violences qui interviennent alors que Joe Biden, fier de ses origines irlandaises, avait déjà exprimé ses inquiétudes concernant les conséquences du Brexit pour la paix dans la province.

- "Paix en surface" -

Calme jeudi en fin de journée, Belfast craint de nouveaux incidents. Des adolescents préparent des briques dans un chariot de supermarché, a constaté un journaliste de l'AFP. Peu d'habitants sont enclins à parler.

Depuis l'accord du Vendredi Saint règne une "paix en surface", avance néanmoins Fiona McMahon, une habitante de 56 ans. "C'est profondément enraciné, ce n'est pas seulement à cause du Brexit", poursuit-elle, estimant qu'à Londres, le Premier ministre britannique Boris Johnson n'en a "rien à faire d'ici".

Le Brexit est venu fragiliser le délicat équilibre dans la province, en nécessitant l'introduction des contrôles douaniers entre Royaume-Uni et Union européenne.

Destinés à éviter le retour d'une frontière physique entre la province britannique et la République d'Irlande, membre de l'UE, les contrôles se tiennent dans les ports nord-irlandais. Malgré une période de grâce pour permettre aux entreprises de s'adapter, ces nouvelles dispositions perturbent les approvisionnement et sont dénoncées par les unionistes comme une frontière entre l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, et une trahison de la part de Londres.

Mettant le feu aux poudres, les autorités ont en outre décidé de ne pas poursuivre des responsables du parti républicain Sinn Fein qui avaient assisté aux obsèques d'un ancien chef paramilitaire malgré les restrictions en vigueur contre le coronavirus.

La semaine dernière, des violences avaient d'abord éclaté dans la ville de Londonderry, avant de gagner un quartier loyaliste de Belfast et ses environs pendant le week-end de Pâques.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, une foule atteignant jusqu'à 600 personnes s'est rassemblée dans la zone de Lanark Way, dans l'ouest de la capitale nord-irlandaise, selon la police.

Des véhicules ont été incendiés dont un autobus en service, et des cocktails Molotov ont été lancés de part et d'autre de barrières métalliques qui séparent les quartiers catholique et protestant.

- "Trahis" -

"Nous n'avions pas vu des troubles de cette ampleur depuis plusieurs années à Belfast et ailleurs", a déclaré un responsable de la police, Jonathan Roberts, soulignant la participation aux heurts de jeunes d'à peine 13 ou 14 ans "encouragés" par des adultes.

Depuis une semaine, 55 policiers ont été blessés au total, ainsi qu'un chauffeur de bus et un photojournaliste.

La vice-Première ministre, la républicaine du Sinn Fein Michelle O'Neill, a accusé des groupes paramilitaires loyalistes d'inciter de jeunes adolescents à affronter la police.

La ministre de la Justice Naomi Long (centriste), a elle dénoncé les promesses non tenues du gouvernement britannique sur le Brexit, exprimant sa "sympathie aux gens ici qui se sentent trahis".