En difficulté dans les sondages, le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a assuré que les législatives de samedi restaient "très ouvertes", au dernier jour d'une campagne dominée par des problématiques locales plus que le Brexit.

Le chef du gouvernement de 41 ans, au pouvoir depuis moins de trois ans, s'est posé comme l'homme capable de tenir la barre dans la phase très risquée qui s'ouvre pour l'Irlande après la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Mais les électeurs ont semblé ces dernières semaines plus préoccupés par les problèmes du quotidien, comme la crise du logement historique frappant le pays.

En campagne à Ennis, dans l'ouest, Leo Varadkar a assuré avoir entendu le message: "Vous voulez que dans les trois années qui viennent, on se consacre à des questions comme la santé ou le logement avec la même passion et la même intensité que l'on s'est consacré au Brexit dans les trois années passées".

Le paysage politique irlandais, dominé par les deux grands partis de centre-droit - Fianna Fail de Leo Varadkar et Fine Gael de Micheal Martin - qui gouvernent alternativement le pays depuis son indépendance il y a un siècle ou en coalition actuellement, a été bouleversé par l'irruption du Sinn Fein.

Sensation de la campagne, l'ancienne vitrine politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) est arrivée en tête d'un sondage publié en début de semaine par l'Irish Times, avec 25% des intentions de vote.

Sa présidente Mary Lou McDonald veut un référendum sur l'unité de l'Irlande dans les cinq ans. Ses propositions en matière de logement, un des thèmes majeurs dans la campagne, trouvent un écho particulier auprès d'un électorat jeune et urbain.

Les chances de la voir accéder au pouvoir sont toutefois quasiment nulles. Son parti nationaliste de gauche ne présente que 42 candidats pour 160 sièges de députés à la chambre basse du Parlement irlandais, le Dail Eireann.

De plus, Fine Gael comme Fianna Fail excluent toute alliance avec le parti au passé sulfureux, vu ses liens avec l'IRA, organisation paramilitaire opposée à la présence britannique en Irlande du Nord.

A Cork vendredi, le chef du Fianna Fail Micheal Martin a estimé que le Sinn Fein ne s'est pas exonéré de son "passé sanglant".

Il a présenté sa formation politique comme la seule à même de mener un nouveau gouvernement, "avec d'autres partis comme les Verts ou le Labour et d'autres responsables politiques centristes".

Aux commandes du pays depuis neuf ans, le parti de Leo Varadkar est crédité de 20% des intentions de vote, devancé par le Fianna Fail (23%) avec lequel il est en coalition.

Nombre d'Irlandais, à l'instar de Kevin Hont, retraité, s'attendent à voir une nouvelle coalition entre les deux grands partis. Lui préfèrerait "voir une grande coalition avec tous les petits partis".

- "Mauvais calcul" -

A l'approche de discussions commerciales avec l'UE aux conséquences considérables sur les échanges sur l'île irlandaise, Leo Varadkar a mis en avant son rôle dans la mise au point d'une solution évitant le retour à une frontière physique entre les deux Irlande dans l'accord de Brexit à l'issue duquel le Royaume-Uni a quitté l'Union européenne le 31 janvier.

La question, une des plus épineuses pour trouver un accord de divorce entre Londres et Bruxelles, a fait resurgir le souvenir des trois décennies des "Troubles" dans la province britannique entre républicains (majoritairement catholiques) et unionistes (surtout protestants), qui ont fait 3.500 morts.

Cette stratégie était "un mauvais calcul" de la part de Leo Varadkar, estime Eoin o'Malley, professeur à la Dublin City University. "Le problème pour la plupart des gens, c'est le temps qu'ils passent dans les transports pour aller travailler, qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter leur logement et qu'ils ont à peine les moyens de payer le loyer".

L'essentiel des électeurs irlandais votent samedi à partir de 07H00 (locales et GMT). Un sondage sortie des urnes est attendu à 22H00 GMT à la clôture des bureau de vote. Le décompte ne commencera que dimanche matin, et s'annonce long, notamment du fait du mode de scrutin, très complexe.

Une fois les résultats officiels connus, commenceront les tractations pour former un gouvernement de coalition, à moins qu'un des partis parvienne à décrocher 80 sièges, scénario hautement improbable.

Lors des dernières élections de 2016, il a fallu 70 jours pour que les deux grands partis s'accordent à former un gouvernement.