Cette fois est-elle la bonne? Après 500 jours de crise et trois élections sans vainqueur, le gouvernement d'union de Benjamin Netanyahu et Benny Gantz doit prêter serment dimanche... à moins que des tractations de dernière minute ne viennent encore chambouler les plans.

Jeudi, les témoins étaient prêts mais les nouveaux mariés politiques ne se sont pas présentés à la cérémonie prévue à la Knesset, le Parlement. En cause: du rififi dans le camp de "Bibi", surnom du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

L'accord d'union paraphé le 20 avril par le Likoud (droite) de M. Netanyahu et la formation centriste "Bleu-Blanc" de son ex-rival électoral Benny Gantz prévoit un partage équitable des ministères entre les deux camps.

- Gouvernement "d'union et d'urgence" -

Il permet à MM. Netanyahu et Gantz de redistribuer des postes de ministres à leurs alliés politiques, ce qui cause un problème de congestion pour le Likoud qui a obtenu le plus de sièges aux dernières élections et compte sur le soutien d'élus de la droite radicale et de partis ultra-orthodoxes.

Avant la cérémonie de jeudi, des élus du camp Netanyahu, déçus de ne pas avoir obtenu de postes, menaçaient de ne pas se présenter au Parlement pour le vote de confiance, poussant le Likoud à repousser la cérémonie à dimanche.

A quelques heures de la prestation de serment dimanche, certains postes ne sont toujours pas attribués mais, selon la presse locale, le ton semble plus apaisé au sein du camp Netanyahu qui, d'après les termes de l'accord, restera Premier ministre pendant 18 mois avant de céder sa place pour une période équivalente à Benny Gantz.

Le Parlement doit se réunir en début d'après-midi à Jérusalem afin d'élire un nouveau président de la Chambre. Suivront ensuite des déclarations des députés, un vote de confiance sur le gouvernement et la prestation de serment.

Après ces noces, la question sera de savoir si la lune de miel perdurera.

Ce gouvernement "d'union et d'urgence" avait été promis pour mettre de côté les rivalités politiques et défendre Israël face à la pandémie de nouveau coronavirus qui a contaminé plus de 16.500 personnes, incluant 268 décès, selon les données officielles.

Mais ce bilan reste faible en comparaison à des pays en Europe ou dans les Amériques. Et le pays d'environ neuf millions d'habitants a commencé le déconfinement en rouvrant la majorité des commerces et des écoles, tout en maintenant l'obligation du port du masque sanitaire.

Comme ailleurs, le défi est double: remettre sur les rails une économie qui a vu son taux de chômage technique bondir de 3,4% à 27% en raison de la crise, tout en évitant une seconde vague de contamination.

- Economie, annexion et justice -

Outre les enjeux sanitaires et économiques, le gouvernement Netanyahu/Gantz doit se pencher sur la mise en musique du projet américain pour le Proche-Orient qui prévoit notamment l'annexion par Israël de la vallée du Jourdain et des colonies juives en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967.

Le gouvernement doit présenter à partir du 1er juillet sa stratégie sur ce dossier hyper sensible, les Palestiniens et la Jordanie voisine ayant déjà mis en garde contre les conséquences d'un tel projet. La plupart des pays de l'Union européenne veulent aussi convaincre Israël d'y renoncer pour éviter de devoir sanctionner ce pays.

"Qu'arriverait-il en cas d'effondrement de l'Autorité palestinienne? Il y aura plus de chaos et d'extrémisme dans la région. Si Israël annexe réellement (des pans de) la Cisjordanie en juillet, cela conduira à un conflit majeur avec le royaume jordanien", a prévenu le roi Abdallah II dans un entretien au magazine allemand Der Spiegel.

Les "lignes directrices" du gouvernement d'union sur ce sujet, présentées la semaine dernière, restent floues: elles ne mentionnent pas explicitement "l'annexion" mais font référence au besoin de "renforcer la sécurité nationale" et d'oeuvrer à la "paix".

D'ici aux discussions sécuritaires sur l'annexion, et après 17 mois de saga politique, Israël pourrait connaître un nouveau feuilleton, judiciaire celui-là, avec l'ouverture prévue dans une semaine du procès de Benjamin Netanyahu.

Le plus pérenne des chefs de gouvernement de l'histoire d'Israël avec 14 ans au pouvoir doit devenir aussi le 24 mai le premier à être jugé pour corruption au cours de son mandat, à moins que l'audience ne soit aussi reportée.