L'annonce pourrait s'écrire comme suit: Israéliens cherchent nouveau leader palestinien "pragmatique" pour parler Proche-Orient et plus si affinités. Mais si les Israéliens misent sur un jeune modéré pour succéder à Mahmoud Abbas, ils pourraient avoir des surprises.

Le président palestinien, surnommé Abou Mazen, qui soufflera bientôt ses 85 bougies, a fustigé mardi à l'ONU le projet de Donald Trump pour tenter de résoudre le conflit israélo-palestinien, salué par les dirigeants israéliens comme une initiative "historique".

Le plan prévoit de faire de Jérusalem la capitale "indivisible" de "l'Etat juif" d'Israël, ce qui reste inadmissible pour les Palestiniens et nombre de musulmans car la ville sainte abrite la mosquée al-Aqsa, troisième lieu saint de l'islam.

Le projet américain prévoit aussi l'annexion de la vallée du Jourdain et de colonies en Cisjordanie occupée; la création d'un Etat palestinien amputé de ces territoires et démilitarisé; et des "investissements" potentiels de 50 milliards de dollars sur 10 ans dans les Territoires palestiniens minés par le chômage.

- "Train en marche" -

Ce plan "n'est pas destiné à Abou Mazen mais à son successeur, dont nous ne connaissons pas l'identité", relève Uzi Rabi, directeur du centre Moshe Dayan sur le Moyen-Orient. "Il pourrait s'agir d'une personne plus jeune avec une nouvelle approche", dit-il à l'AFP.

L'ambassadeur israélien à l'ONU, Danny Danon, a en quelque sorte exprimé ce voeu mardi devant le Conseil de sécurité en accusant Mahmoud Abbas de refuser le dialogue.

"Même si vous avez des critiques sur des éléments précis du plan vous devez embrassez son esprit, cette nouvelle approche pragmatique pour résoudre le conflit. Mais Abbas refuse d'être pragmatique (...) il ne sera jamais un partenaire pour une vraie paix", a-t-il déclaré.

Sans partenaire palestinien pour discuter, les Etats-Unis ont appelé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à ne pas appliquer directement ce plan, craignant peut-être de voir les Territoires palestiniens s'embraser.

M. Netanyahu a toutefois indiqué dimanche que le plan nécessitait un travail préalable pour "cartographier" les territoires disputés.

"Ce travail a déjà débuté. (...) Le train est en marche", a affirmé M. Netanyahu, inculpé pour corruption dans plusieurs affaires et qui joue son avenir politique lors des législatives du 2 mars.

Ce scrutin le verra affronter l'ancien chef de l'armée Benny Gantz, qui a dit souscrire au plan américain.

Que ferait M. Gantz face aux Palestiniens qui refusent des pourparlers? "Nous devrons peut-être attendre l'ère post-Abou Mazen", a répondu cette semaine Yair Lapid, N.2 du parti de M. Gantz, pressenti comme chef de la diplomatie en cas de succès de l'ex-général.

"Plutôt que d'une politique, plutôt que des propositions, ce que nous avons c'est un vieil homme grincheux qui crie et jure tout le temps (...). Nous disons donc à la génération montante de Palestiniens de lire attentivement ce plan", a indiqué à des journalistes M. Lapid.

Seul hic pour l'heure, le plan de la Maison Blanche n'a toujours pas été officiellement traduit, en arabe comme en hébreu. Des versions artisanales circulent en ligne.

- Barghouti ou le Hamas -

Et si les leaders israéliens misent sur une relève palestinienne pour discuter du plan de Trump, ils pourraient être déçus.

Selon un sondage du Centre de recherche palestinien sur la politique et les sondages (PCPSR), 94% des Palestiniens le rejettent.

En cas d'élections palestiniennes, Mahmoud Abbas ---dont le mandat a expiré en 2009 mais court toujours faute de présidentielle-- obtiendrait 44% des voix contre 49% pour... Ismaïl Haniyeh, chef du mouvement islamiste Hamas: les soutiens du premier ont reculé ces derniers jours, les Palestiniens n'ayant "pas confiance" à ce qu'il rompe la collaboration sécuritaire avec Israël comme il l'a proclamé.

Mahmoud Abbas avait remporté la présidentielle de 2005 avant des élections parlementaires et des combats qui avaient mené à une partition de facto des territoires palestiniens.

Son parti, le Fatah, dirige la Cisjordanie et les islamistes de Hamas contrôlent la bande de Gaza. Et la question de l'après-Abbas est un sujet explosif dans les territoires palestiniens avec le Hamas qui cherche à prendre du galon hors de Gaza.

Le leader du Hamas serait de son côté vaincu par Marwan Barghouti (38% contre 57%), surnommé "le Mandela palestinien" par ses partisans mais condamné à la perpétuité en Israël pour son rôle dans différents attentats anti-israéliens lors de la seconde Intifada (2000-2005).

"Les Israéliens qui en appellent à un chef plus pragmatique que Abbas délirent. Il n'y a aucun leader palestinien plus pragmatique, plus modéré, plus accommodant que Abbas. Tout successeur sera plus bien plus dur que lui", dit à l'AFP Khalil Shikaki, directeur du PCPSR.

Et de conclure: "Marwane Barghouti est aujourd'hui le leader politique palestinien le plus populaire et il est définitivement moins accommodant et modéré qu'Abbas".