Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis dimanche une annexion rapide de la vallée du Jourdain et de colonies en Cisjordanie occupée, tentant de mobiliser ses appuis de droite à la veille d'élections cruciales à sa survie politique.

M. Netanyahu, inculpé pour corruption dans une série d'affaires et dont le procès s'ouvre le 17 mars, a fait de l'annexion de pans de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967, sa priorité en cas de victoire.

"Ce ne sera qu'une question de semaines, deux mois maximum j'espère", a-t-il soutenu dans une interview à la radio publique.

Les élections législatives sont les troisièmes en moins d'un an en Israël après deux scrutins n'ayant pas réussi à départager M. Netanyahu, chef du Likoud (droite), de son principal rival, Benny Gantz, dirigeant la formation centriste Kahol Lavan ("Bleu-blanc", couleurs du drapeau israélien).

Selon les dernières projections, le Likoud et Bleu-blanc obtiendraient 33 sièges chacun sur les 120 de la Knesset, le Parlement, un score quasi identique aux derniers scrutins.

Et en comptant leurs alliés -la droite et les partis religieux pour M. Netanyahu, le centre-gauche pour M. Gantz-, aucun des deux grands blocs ne réunirait suffisamment d'appuis pour former un gouvernement, d'après ces sondages.

Alors que les indécis sont peu nombreux parmi les électeurs, MM. Netanyahu et Gantz tentent de mobiliser leur base électorale respective dans l'espoir de gagner quelques sièges supplémentaires et ainsi obtenir du président Reuven Rivlin le mandat de former le prochain gouvernement.

"Je n'ai pas peur des déserteurs et je suggère à Netanyahu et au Likoud de surveiller ce qu'il se passe dans leur camp... Toute chose a une fin, et demain c'est la fin de l'époque de Netanyahu au pouvoir", a affirmé M. Gantz.

- "Une réalité" -

La grande inconnue demeure le taux de participation, d'autant qu'une surprise s'est invitée dans cette joute électorale: le nouveau coronavirus. Ou plus exactement, la crainte de cette épidémie.

Sept cas ont été confirmés jusqu'à présent en Israël, mais les autorités ont mis en garde contre la propagation de "fausses nouvelles" sur Internet ou par SMS qui pourraient décourager des électeurs de se rendre aux urnes.

Avant les législatives de septembre 2019, M. Netanyahu avait déjà promis l'annexion "immédiate" de la vallée du Jourdain, bande de terre comptant pour 30% de la Cisjordanie, en cas de victoire.

Mais en janvier, un élément clé a changé: le dévoilement du projet du président américain Donald Trump pour un règlement du conflit israélo-palestinien qui prévoit justement l'annexion de la vallée du Jourdain et des colonies israéliennes, des mesures contraires au droit international et rejetées en bloc par les Palestiniens -des laïques du Fatah aux islamistes du Hamas.

"C'est une réalité, tout le monde a compris que le président Trump et moi allons le faire", a déclaré M. Netanyahu à propos de l'annexion de la vallée.

Le Premier ministre israélien a d'ailleurs confirmé que le comité "israélo-américain" en charge d'établir la cartographie précise des terres palestiniennes qu'Israël souhaite annexer, avait commencé ses travaux "la semaine dernière".

- "Changement de leadership" -

Plus de 450.000 personnes vivent dans les colonies en Cisjordanie. La population des colonies a bondi de près de 50% durant la dernière décennie marquée par la présence ininterrompue de Benjamin Netanyahu au pouvoir, selon les autorités.

Ces deux dernières semaines, M. Netanyahu a multiplié les annonces de projets d'habitations dans les colonies en Cisjordanie, mais aussi à Jérusalem-Est, territoire occupé et annexé par l'Etat hébreu.

Le projet Trump prévoit de faire de Jérusalem la capitale "indivisible" d'Israël, au grand désarroi des Palestiniens qui veulent faire de la partie orientale de la ville la capitale d'un futur Etat.

Les Palestiniens suivent "avec un très grand intérêt" la campagne électorale, a souligné Jihad Harb, analyste palestinien.

"Côté palestinien, il y a un désir de voir du changement au sein du leadership israélien qui pourrait ranimer le processus" de paix israélo-palestinien, au point mort depuis des années, a-t-il dit.

Ancien chef d'état-major de l'armée, Benny Gantz soutient le projet américain et prône la ligne dure face au Hamas qui contrôle la bande de Gaza, enclave palestinienne de deux millions d'habitants.

Mais le rival de M. Netanyahu a aussi plaidé pour un dialogue avec les Palestiniens et son parti compte moins de soutiens parmi les partisans de la colonisation.