Le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte a appelé lundi députés "pro-européens" et "libéraux" à le rejoindre pour sauver sa majorité de coalition après la défection d'un petit parti, et éviter ainsi l'arrivée au pouvoir des droites souverainistes.

En pleine crise sanitaire, qui a justifié de nouvelles mesures de restrictions ce week-end, le gouvernement de coalition, aux affaires depuis septembre 2019, est menacé de tomber après la démission de deux ministres et d'un secrétaire d'Etat d'Italia Viva, petite formation dirigée par l'ancien chef de l'exécutif Matteo Renzi (2014-2016).

Lors d'une intervention à la Chambre des députés, où ses partenaires de la coalition, le Parti démocrate (PD, centre-gauche) et le Mouvement 5 Etoiles (M5S, anti-système) ont la majorité, Giuseppe Conte a défendu son bilan et s'en est pris à son ancien allié Renzi, laissant entendre qu'il lui serait difficile de former un gouvernement remanié avec lui.

Dans la soirée, les députés ont voté comme attendu la confiance au gouvernement, mais le véritable test aura lieu ce mardi, lorsque le président du Conseil se présentera au Sénat pour un vote à haut risque: sans les 18 élus d'Italia Viva, son gouvernement n'y dispose plus de la majorité.

"Disons-le franchement: on ne peut pas effacer le passé. Il est temps de tourner la page", avait déclaré plus tôt Giuseppe Conte, masqué, à la tribune de la chambre. "Ce pays mérite un gouvernement uni qui oeuvre à temps plein pour le bien-être des citoyens".

Il avait ensuite demandé "un soutien clair et transparent" de tous les députés qui "se reconnaissent dans le socle des plus nobles traditions européennes, libérales, populaires et socialistes", agitant indirectement le spectre d'une arrivée au pouvoir des souverainistes. "A tous ceux qui ont à coeur le destin de l'Italie je dis: aidez-nous!" a lancé M. Conte.

- Trois scénarios -

De fait, l'alliance entre la droite de Silvio Berlusconi (Forza Italia) et l'extrême droite - la Ligue de Matteo Salvini et Fratelli d'Italia de Georgia Meloni - est donnée largement favorite en cas de législatives anticipées.

Ces trois formations ont fustigé lundi "l'incapacité absolue du gouvernement à affronter tant les conséquences sanitaires que les effets économiques de la pandémie". "Un gouvernement bénéficiant d'une courte majorité ou inexistante n'est pas ce dont l'Italie a besoin pour affronter les défis difficiles des prochains mois", ont-ils écrit dans un communiqué conjoint.

Si Matteo Renzi a pris l'engagement que ses troupes s'abstiendraient au Sénat, les soutiens de Giuseppe Conte devront se compter et le chef de l'exécutif n'est pas assuré de pouvoir se maintenir si sa majorité se révélait trop étriquée.

Dans ce cas, trois scénarios se dessinent: le PD et le M5S pourraient pactiser avec Renzi et former un gouvernement remanié, avec ou sans Conte à sa tête.

Une grande coalition pourrait aussi émerger, menée par une figure institutionnelle, non-partisane. Enfin, en cas d'impasse, des législatives seraient convoquées.

- Popularité perdue -

Renzi s'oppose à Conte sur la substance du programme de relance de 222,9 milliards d'euros tirés du méga-plan de 750 milliards d'euros adopté à l'été 2020 par les dirigeants européens et dont l'Italie est la principale bénéficiaire.

Il lui reproche de s'aligner sur le M5S et de "dilapider l'argent public" en accordant des rabais fiscaux et aides ad hoc pour des raisons électoralistes au lieu de profiter de cette manne pour investir et réformer structurellement.

"Le plan Recovery [nom du plan de relance] n'est toujours pas satisfaisant (...). Tout le monde est d'accord sur la nécessité d'un rêve unificateur pour le pays, pas d'une chasse aux votes au parlement", a martelé M. Renzi lundi sur son site internet.

Il demande aussi le recours au Mécanisme européen de stabilité (MES), fonds destiné aux pays de la zone euro en difficulté.

M. Renzi se plaint en outre de ne pas être écouté par Giuseppe Conte et réclame plus de poids dans son gouvernement. A l'os dans les sondages avec 3% d'intentions de vote en cas de législatives anticipées, il n'a quasiment rien à perdre.

Un pari critiqué par une partie de la presse italienne qui accuse Matteo Renzi de vouloir faire dérailler l'exécutif alors que le pays affronte la pandémie qui a déjà fait plus de 82.000 morts, doublée de la plus grave récession depuis l'après-guerre.