L'extrême droite italienne espère lundi s'emparer de nouvelles régions aux mains de la gauche, dont la Toscane, bastion "rouge" dont la perte ébranlerait le gouvernement de Giuseppe Conte sans forcément le faire tomber.

Les électeurs ont commencé à voter dimanche matin et ont jusqu'à 15h00 heure locale lundi pour venir déposer leurs bulletins en suivant de stricts protocoles de sécurité, dans ce pays où la prévalence du coronavirus remonte depuis sept semaines.

Dimanche soir, la participation atteignait déjà près de 40%, un niveau très honorable dans le contexte.

"Tout le monde a des idées, et dans une démocratie, le vote est toujours important pour les exprimer, et ensuite, j'espère que nous ferons bon usage de ces idées", confiait à l'AFP Giusi D'Alessandro, une libraire, au sortir d'un bureau de vote romain.

Six régions - quatre à gauche (Toscane, Campanie, Pouilles et Marches), deux à droite (Ligurie et Vénétie)- doivent élire de nouveaux présidents.

Le score gauche-droite à l'issue des résultats régionaux, annoncés lundi soir, ne manquera pas d'être agité sous le nez du gouvernement de Giuseppe Conte, coalition formée voici un an entre le Mouvement 5 Etoiles (M5S) et le Parti démocrate (PD, centre gauche).

Sans toutefois impliquer une chute du gouvernement actuel, qui doit s'atteler à présenter un plan de relance à Bruxelles.

Jouissant de candidats uniques, un front centre droit et extrême droite a des chances sérieuses de s'emparer de régions à gauche.

- Scénario "5 à 1" pour la droite ? -

Un scénario catastrophe pour le gouvernement serait que la droite gagne trois des quatre régions actuellement à gauche (la Campanie semblant hors de danger). La droite dirige déjà 13 régions italiennes et la gauche 6.

L'ensemble des 46 millions d'électeurs italiens devraient par ailleurs voter "oui" à un référendum national sur la réduction du nombre de parlementaires, promesse électorale du Mouvement 5 Etoiles.

Le nombre des parlementaires passerait alors de 945 à 600. Aujourd'hui, l'Italie a le deuxième parlement le plus fourni en Europe, derrière celui du Royaume-Uni (environ 1.400), et devant la France (925).

Reste que ce sont peut-être les régionales qui pourraient modifier plus encore le paysage politique.

En Toscane, le président de la Ligue Matteo Salvini (extrême droite) -en perte de vitesse dans les sondages- et l'ancien chef démocrate du gouvernement Matteo Renzi -qui tente de se relancer depuis un an avec sa formation Italia Viva- jouent gros.

Choisie pour s'emparer de ce bastion de la gauche, dont la valeur symbolique est forte : Susanna Ceccardi, une eurodéputée de 33 ans de la Ligue. Face à elle, le Toscan Renzi a imposé son candidat du cru, Eugenio Giani (étiquette PD/Italia Viva), qui affrontera aussi une candidature isolée du M5S.

Une défaite en Toscane, une région réputée pour son bon fonctionnement jusqu'ici peu encline à répondre aux sirènes du populisme, serait fâcheuse aussi pour l'avenir de Nicola Zingaretti à la présidence du Parti démocrate, soulignent les analystes.

"Les temps ont changé. La gauche a négligé sa propre histoire, ses racines, sa base", estime Roberto Bianchi, un professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Florence. La droite a mené l'offensive sur le terrain ces dernières années pour s'emparer de villes moyennes toscanes.

"Choisissez le changement", clame avec un grand sourire sur les affiches de bus Susanna Ceccardi, qui avait remporté une mairie voici quatre ans pour la Ligue.

- Concours à l'extrême droite -

Les élections régionales risquent aussi de se transformer en concours de popularité chez les ténors de l'extrême droite.

Ce sont en effet des candidats de Fratelli d'Italia qui ont été choisis par la droite pour mener l'assaut dans les Marches et dans les Pouilles.

Francesco Acquaroli, critiqué l'an dernier pour avoir participé à un dîner de nostalgiques de Mussolini, brigue une région des Marches qui n'a jamais été à droite.

Dans les Pouilles, Raffaele Fitto, un eurodéputé de Fratelli d'Italia, fut déjà président de la région voici quinze ans.

En cas de double victoire, la cheffe du parti Giorgia Meloni, qui a fortement progressé cet été dans les sondages, ne manquerait pas de faire de l'ombre à son rival du nord Matteo Salvini.

Un score fracassant pour un troisième mandat en Vénétie de son populaire président léguiste Luca Zaia aurait le même effet. Il semble d'autant plus intouchable que son concurrent de gauche, positif au coronavirus, a terminé sa campagne virtuelle depuis l'hôpital.

La droite devrait a priori conserver aussi la Ligurie, la seule région où M5S et PD ont pourtant réussi à faire alliance sur un candidat.