Minamata, cette ville nippone dont le nom vient d'être donnée à une convention de l'ONU, symbolise l'époque du développement industriel à marche forcée du Japon après la guerre, au mépris de la santé et de l'environnement.

Depuis le début des années 1950 et pendant des décennies, une fabrique de résine synthétique de la société Chisso a déversé sans la moindre sanction des déchets pollués au mercure directement dans les eaux de la baie de cette ville de la grande île méridionale de Kuyshu.

Petit à petit le mercure s'est accumulé dans les poissons, coquillages et crustacés consommés ensuite par les habitants de la ville.

Les gens lentement empoisonnés se sont alors mis à souffrir de spasmes, perte de sensibilité, de troubles moteurs et du langage.

Les nouveaux-nés présentaient des anomalies du système nerveux, parfois des malformations physiques.

Les premières alertes sur le nombre croissant de morts suspectes, d'être humains mais aussi d'animaux, ainsi que la recrudescence de maladies non expliquées avaient été lancées au début des années 1950, mais rien n'avait été fait.

Il fallut attendre 1956 pour qu'un rapport établi par un hôpital local fasse le lien avec Chisso.

L'entreprise avait immédiatement nié toute responsabilité et continué à tranquillement déverser ses déchets empoisonnés dans la mer... jusqu'en 1968, année durant laquelle elle fut cette fois officiellement accusée de ces empoisonnements.

Durant ces 12 années, de 1956 à 1968, on estime que l'usine de Minamata a rejeté dans la baie environ 150 tonnes de mercure.

Selon des documents du ministère de l'Environnement, les autorités auraient mis très longtemps avant de réagir par peur de l'impact qu'auraient pu avoir des sanctions contre cette entreprise sur l'économie japonaise alors en plein boom.

A ce jour, environ 2.000 personnes empoisonnées au mercure sont mortes depuis, et des milliers sont toujours malades.

En 2009, soit près d'un demi-siècle plus tard, le gouvernement japonais a fait passer une loi pour indemniser les victimes de la "maladie de Minamata".

Le drame de Minamata est aujourd'hui considéré comme un tournant essentiel dans la prise du conscience par les dirigeants japonais que le développement économique ne pouvait plus se faire au mépris de l'environnement et de la santé de la population.