Le casse-tête n'en finit pas de se complexifier pour Roland-Garros, enserré dans l'étau du Covid-19, contraint de tirer au sort la poignée de spectateurs qu'il pourra accueillir et exposé à une météo maussade à 48 heures de son lancement, exceptionnellement reprogrammé à l'automne.

. Une mini-jauge qui passe mal

"Norme imposée", "diminution contrainte": on comprend en lisant les mots choisis par la Fédération française de tennis (FFT) que le dernier coup de rabot appliqué à la jauge de spectateurs, désormais réduite comme peau de chagrin - 1.000 spectateurs par jour hors accrédités - passe mal auprès des organisateurs de Roland-Garros.

La FFT "regrette vivement cette nouvelle contrainte", déplore-t-elle vendredi matin, au lendemain du nouvel abaissement de sa jauge acté par le Premier ministre Jean Castex, le troisième en moins de trois semaines (de 20.000 à 11.500, puis 5.000, et 1.000).

"5000 spectateurs (quotidiens) dans le stade était déjà à nos yeux une jauge minimale", a insisté son président Bernard Giudicelli lors d'une visioconférence.

Interrogé sur l'impact économique d'une telle situation, "nous sommes en cours de chiffrage mais ce sont des dizaines de millions (d'euros) qui sont partis en fumée", a répondu le directeur général adjoint du pôle marketing et développement économique de la FFT Stéphane Morel.

. 750 spectateurs tirés au sort

Face à l'urgence "à 48 heures du gong" et "pour garantir une certaine équité", l'organisation a eu recours à un tirage au sort dans la matinée pour déterminer quels détenteurs de billet auront finalement bien accès à Roland-Garros et lesquels en seront privés à la dernière minute, a expliqué Stéphane Morel.

Dans le détail, ce ne sont en fait que 750 spectateurs "grand public" qui franchiront les grilles du stade chaque jour, a-t-il précisé.

Les 250 places quotidiennes restantes iront aux "invités de nos partenaires, en nombre très, très restreint" (200) et aux "élus et personnalités qui doivent accéder au stade" (50), a-t-il détaillé.

Les "prestations hospitalités (proposées à la clientèle d'affaires) ont été supprimées en intégralité", a complété le dirigeant.

S'il y a une bonne nouvelle pour les détenteurs de billet, c'est que les quelques centaines d'heureux élus auront le loisir de s'asseoir à leur guise dans les tribunes dans la limite du respect des règles de distanciation physique.

. Pluie et froid en trouble-fête

Comme si toutes les restrictions liées à la pandémie de nouveau coronavirus et à la recrudescence de l'épidémie en France ne suffisaient pas, la météo risque de donner des sueurs froides aux organisateurs tout au long de la quinzaine parisienne.

Doudoune enfilée au changement de côté, joueuses habillées de leggings et haut à manches longues, serviettes étendues sur les jambes pour se tenir au chaud tant bien que mal, et même Garbiñe Muguruza couverte d'un ciré jaune en conférence de presse : la météo automnale était bien installée au-dessus de Roland-Garros vendredi et les deux premiers jours des qualifications joués sous un soleil encore estival paraissaient loin.

A 15 heures, de violentes averses de pluie et de grêle avaient déjà interrompu deux fois le jeu pendant environ deux heures. Et le thermomètre plafonnait à 14 degrés.

Interrogé sur ce qui lui manque à Roland-Garros à l'ère du Covid-19, "c'est le climat !", a lancé le maître des lieux Rafael Nadal.

"A neuf degrés, le corps souffre un peu. C'est une situation extrême pour jouer un tournoi en extérieur, avec de la pluie presque chaque jour, le froid, le vent...", s'est inquiété le Majorquin, en quête d'un impensable treizième sacre sur la terre battue parisienne, qui lui permettrait d'égaler le record de couronnes en Grand Chelem (20) établi par Roger Federer.

"J'ai un peu de mal avec le froid", a abondé la N.2 mondiale Simona Halep, sacrée lundi à Rome par quinze degrés de plus.

Le hic, c'est que les prévisions n'invitent pas du tout à l'optimisme. Elles promettent un début de tournoi arrosé et venteux dimanche, avec des rafales jusqu'à 60 km/h, et une semaine entière de pluie à partir de jeudi, selon Météo France.

Certes, le tout nouveau toit rétractable du court Philippe-Chatrier évitera la paralysie à Roland-Garros. Mais ce ne sera pas pour autant une solution miracle si la pluie inonde le début de quinzaine.