Le Premier ministre Jean Castex est attendu dimanche en Guyane pour une visite express de huit heures sur place, pour assurer de la mobilisation de l'Etat dans ce territoire français d'Amérique du Sud confronté à l'épidémie galopante de coronavirus.

Pour son premier déplacement en Outre-mer depuis sa nomination à Matignon, Jean Castex devrait se concentrer sur la question sanitaire de ce territoire de 300.000 habitants grand comme le Portugal, en pleine phase ascendante de l'épidémie de Covid-19 et où les centres hospitaliers sont en forte tension.

Accompagné par le ministre des Outre-Mer Sébastien Lecornu et le ministre de la Santé Olivier Véran, il se rendra notamment à Cayenne, auprès du centre interministériel de crise qui vient d'être installé, sous les ordres du directeur de crise Patrice Latron, arrivé jeudi de Paris. Il doit aussi rencontrer personnel hospitalier et élus.

La Guyane, toujours placée sous état d'urgence sanitaire comme Mayotte, comptait samedi 5.949 cas de coronavirus confirmés - dont 130 hospitalisations et 23 patients en réanimation - et 26 décès. Le pic de l'épidémie est attendu dans la deuxième quinzaine de juillet.

Le chef du gouvernement qui arrive à 10H00 (15H00 à Paris), vient "incarner la continuité territoriale", rappeler que "la Guyane est un territoire de la République comme un autre", où "les services de l'Etat et le gouvernement sont mobilisés", explique Matignon.

Qui souligne qu'il vient aussi "rappeler que la crise n'est pas derrière nous".

"Je viens (...) avec la volonté de préparer la France à une éventuelle deuxième vague" mais "en préservant la vie économique, la vie sociale", avait prévenu mercredi M. Castex.

- Proximité avec le Brésil -

L'épidémie a fortement augmenté en Guyane depuis le déconfinement, alors que le territoire avait été relativement épargné lorsque la métropole était confrontée à la pleine expansion du virus. La Guyane a été confinée le 16 mars au stade 1 de l'épidémie, avec moins de 10 cas.

Mais depuis le mois de mai, en raison notamment de la proximité de la Guyane avec le Brésil voisin fortement touché, le virus met à mal le système de santé déjà fragile. Les trois hôpitaux du territoire - les centres hospitaliers de Cayenne, Kourou et l'ouest guyanais -, déjà mobilisés pour des patients victimes de la leptospirose ou de la dengue, ont déclenché le week-end dernier leurs plans blancs.

L'ex-ministre des Outre-mer Annick Girardin, venue fin juin avec des renforts sanitaires, avait lancé un appel à la solidarité nationale pour faire venir plus de soignants, estimant qu'il fallait au total 300 renforts supplémentaires pour permettre d'augmenter le nombre de lits en réanimation, très faible (une trentaine sur Cayenne actuellement).

Plus d'une centaine de membres de la réserve sanitaire sont déjà sur place et, vendredi, 22 militaires du service de santé des armées et du matériel de santé sont arrivés, pour appuyer le Centre hospitalier de l’Ouest guyanais (CHOG) à Saint-Laurent du Maroni.

Un hôpital de campagne de la sécurité civile a aussi été installé au centre hospitalier de Cayenne pour accueillir des patients non Covid.

- Evacuations sanitaires -

Population et élus réclament régulièrement l'arrivée de l'hôpital de campagne militaire qui a déjà été mobilisé à Mulhouse et à Mayotte pendant la crise et dispose de lits de réanimation. Impossible selon le ministre de la Santé, car il s'agit d'une structure "qui prend beaucoup de temps pour être démontée, transportée et remontée".

Plusieurs évacuations sanitaires de malades ont été réalisées vers Guadeloupe et Martinique, mais le manque de places dans les hôpitaux antillais commencent à se faire sentir, a indiqué la directrice de l'Agence régionale de Santé (ARS) Clara de Bort.

Pour freiner l'épidémie, des mesures de reconfinement ciblé de certains quartiers ou de certaines communes ont été mises en place, et un couvre-feu est en vigueur.

Le Premier ministre est notamment attendu par le collectif Mayouri santé Guyane, composé des principales forces militantes et politiques à l'origine du grand mouvement social de 2017, qui réclame mesures et moyens supplémentaires contre l'épidémie, et notamment un plus grand nombre de tests.