Yoshiro Mori, 83 ans, qui a fini par démissionner vendredi de la présidence du comité d'organisation des JO de Tokyo après le scandale provoqué par ses propos sexistes, est un ancien Premier ministre japonais connu pour ses dérapages verbaux.

Début février, il avait déclenché un déluge de critiques au Japon comme à l'étranger pour avoir déclaré que les femmes avaient "du mal à finir" leurs interventions lors de réunions, ce qu'il trouvait "embêtant".

Il avait présenté ses excuses dès le lendemain, mais en se montrant agacé et particulièrement maladroit: "Je ne parle pas souvent à des femmes ces derniers temps", s'était-il étrangement justifié.

Depuis son retrait de la scène politique en 2012, Yoshiro Mori s'est fortement impliqué dans la promotion du sport au Japon. Il avait notamment joué un rôle clé dans l'attribution à son pays de l'édition 2019 de la Coupe du monde de rugby, un sport qu'il affectionne tout particulièrement.

Il a été le président de la Fédération japonaise de rugby à XV de 2005 à 2015 et avait été nommé en 2014 président de Tokyo-2020, le comité d'organisation des Jeux olympiques de Tokyo.

- Longue carrière politique -

Bien qu'il n'ait été Premier ministre du Japon que pendant un an entre 2000 et 2001, il avait quitté le pouvoir à des niveaux record d'impopularité, du fait de son incapacité à relancer l'économie, mais aussi de divers scandales touchant des membres de son gouvernement et de ses bourdes à répétition.

M. Mori était arrivé au sommet de l'État en construisant patiemment sa carrière durant trente ans au sein du Parti libéral-démocrate, formation de droite conservatrice qui domine le paysage politique nippon depuis sa création en 1955.

Entré en politique à 31 ans après une courte expérience de journaliste, ce fils de maire a été député pendant plus de quarante ans dans son département natal d'Ishikawa (centre du pays) et a occupé divers postes ministériels avant d'accéder à la tête du gouvernement.

Dès les premiers jours de son mandat de Premier ministre, Yoshiro Mori avait provoqué un tollé en déclarant que le Japon était "le pays des dieux, avec l'empereur en son centre", une expression qui ravivait la mémoire de la sombre période impérialiste du pays dans les années 1930-40.

Cette première gaffe avait été suivie de plusieurs autres, remettant à chaque fois en doute son aptitude à diriger le pays.

En février 2001, il commettra la faute politique de trop en poursuivant sa partie de golf alors qu'il vient d'être prévenu d'une collision entre un bateau-école japonais et un sous-marin américain au large de Hawaï, un accident qui a causé la mort de neuf Japonais.

- Survivant du cancer -

En 2015, Yoshiro Mori avait révélé souffrir d'un cancer du poumon, qui lui a valu plusieurs opérations.

Il avait néanmoins décidé alors de rester à la tête du comité d'organisation des JO et de continuer à préparer l'accueil de la Coupe du monde de rugby de 2019.

Après le report des JO de Tokyo l'an dernier à cause de la pandémie, M. Mori avait cité ses propres ennuis de santé comme une raison d'espérer que les Jeux se tiennent en 2021.

"Nous n'avons pas d'autre choix que d'avoir de l'espoir. J'ai moi-même souffert d'un cancer (...). Mais j'ai été sauvé par un nouveau médicament", avait-il alors déclaré.

Avant ses propos sexistes de la semaine dernière, il avait commis d'autres maladresses en tant que président de Tokyo-2020.

Deux jours plus tôt, il avait notamment clamé que les JO de Tokyo auraient lieu cet été "quoi qu'il arrive" concernant l'évolution de la pandémie.

Ces propos péremptoires avaient aussi fait polémique, alors que la grande majorité des Japonais est hostile à la tenue de l'événement face à la pandémie qui n'est toujours pas maîtrisée dans le monde, y compris dans l'archipel nippon.

"Ce qui est important, c'est d'organiser les Jeux en juillet. Il ne faut pas que ma présence devienne un obstacle" à cet objectif, a insisté M. Mori vendredi en annonçant sa démission.