L'union sacrée des fédérations internationales derrière le Comité international olympique en faveur du maintien des Jeux olympiques, jusque-là sans accroc, commence à se fissurer, avec la demande de report formulée officiellement par la fédération internationale d'athlétisme (World Athletics, ex-IAAF).

Il y a moins d'une semaine, les fédérations internationales faisaient pourtant corps derrière le CIO.

Mardi dernier, à l'issue d'une réunion avec les 28 fédérations présentes aux JO d'été, l'instance se disait "pleinement engagée" vis-à-vis des JO de Tokyo-2020 et à un peu plus de quatre mois de la cérémonie d'ouverture prévue le 24 juillet, estimait "pas nécessaire de prendre de décisions radicales".

L'instance martelait que sa position avait été "approuvé(e) à l'unanimité et soutenu(e) par l'ensemble des fédérations internationales" des sports d'été. Du reste, pas une question sur un éventuel report n'avait été posée par les fédérations, selon plusieurs sources.

Dimanche, le CIO, même s'il a décidé de ne rien décider, s'est donné du temps - quatre semaines - et a évoqué pour la première fois un possible report, tout en écartant une annulation.

Lundi, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a admis qu'un report "pourrait devenir inévitable" face à la pandémie de coronavirus.

Face aux appels de plus en plus nombreux et pressants de sportifs mais aussi de Comités nationaux olympiques (CNO) à reporter les JO, le CIO ne pouvait rester muet. Mais surtout, "le soutien unanime des fédérations commence clairement à se fissurer", analyse un responsable de fédération sous couvert d'anonymat.

- D'autres "vont suivre" -

Certes, World Athletics, présidée par le Britannique Sebastian Coe, est la seule à ce jour à avoir officiellement appelé à un report des JO, "mais d'autres ne vont pas tarder à suivre", estime ce cadre.

Ouvrir les Jeux le 24 juillet comme prévu n'est "ni faisable ni souhaitable", a écrit Coe dans un courrier adressé à Thomas Bach et rédigé avant la réunion du CIO dimanche.

Si Coe, ancien président du Comité d'organisation des Jeux de Londres en 2012 et double champion olympique du 1500 m, a été le premier à parler, c'est "parce qu'il n'est pas membre du CIO et a donc toute liberté pour s'exprimer", juge un autre dirigeant d'une fédération olympique.

"Le CIO est complètement à côté de la plaque", lance un responsable d'une autre fédération pour qui "les JO doivent être reportés car les sportifs ne peuvent pas s'entraîner et sont mis en danger".

- Les présidents "ont peur" -

Alors, pourquoi les fédérations internationales ne font-elles pas plus pression sur le CIO ? "Les présidents de fédérations internationales ont peur de s'opposer à Thomas Bach, pour leur statut personnel, en tant que membres du CIO ou futurs membres", analyse ce responsable.

Une autre source rappelle que "le poids des Comités nationaux olympiques dans une telle décision du CIO sera plus déterminant que celui des fédérations".

Interrogées lundi par l'AFP, beaucoup de fédérations internationales, comme la Fifa (football) ou la Fina (natation) renvoient vers la position du CIO et ne s'avancent pas sur le terrain d'un report de plus en plus probable.

La Fédération internationale de surf (ISA), sport qui fera son entrée au programme olympique à Tokyo, n'a reçu "aucune demande" de report des JO de la part de ses fédérations nationales et ne fera "aucun commentaire" sur la question.

La Fédération internationale de pentathlon moderne (UIPM) "prend note et soutient" l'annonce faite par le CIO dimanche concernant "la planification de scénarios alternatifs".

Quant à la puissante Fédération internationale de gymnastique (FIG), son président Morinari Watanabe "est japonais et a en plus été chargé de missions supplémentaires par Bach", fait remarquer un autre spécialiste du mouvement olympique.

M. Watanabe préside ainsi un groupe de travail constitué par le CIO et chargé d'organiser les tournois qualificatifs de boxe à la suite de la suspension de la Fédération internationale de boxe (Aiba).

Par ailleurs, nombre de fédérations internationales, à l'exception des plus grosses (Fifa ou World athletics) sont également fortement tributaires du CIO qui leur reverse une grande partie de ses revenus issus des droits TV .

Pour les JO de Rio-2016, les 28 fédérations étaient réparties en cinq groupes et leur classement, évolutif, détermine leurs revenus qui sont dégressifs. Les fédérations du groupe 1 (gym, athlétisme et natation) reçoivent environ 40 millions de dollars tous les 4 ans, les plus petites moins de 10 M USD.

Un report ou une annulation des JO aurait donc de lourdes conséquences pour les fédérations même si le CIO dispose de réserves supérieures à 1 milliard de dollars pour faire face à un tel scénario.