Les Jordaniens votent mardi pour des élections législatives sans enjeu majeur dans un pays qui s'enfonce dans une crise économique aggravée par la pandémie de nouveau coronavirus.

Plus de 50.000 membres des forces de sécurité ont été déployés dans les 12 gouvernorats pour s'assurer du bon déroulement du processus et notamment du respect des règles sanitaires liées à l'épidémie.

Le dernier bilan fourni lundi soir par les autorités du royaume, qui compte 10 millions d'habitants, fait état de quelque 115.000 personnes infectées par le Covid-19, dont 1.295 sont décédées.

Ouverts depuis 07H00 locales (05H00 GMT), les bureaux de vote fermeront à 19H00 (17H00 GMT).

Les électeurs doivent être munis d'un masque et de gants et, à l'aide d'un stylo utilisé que par elle-mêmes, cocher sur un bulletin la liste de leur choix.

La commission électorale a fait savoir que les personnes infectées par le virus et celles qui se trouvaient en quarantaine ne devaient pas voter, sous peine de quoi elles risquaient une peine d'un an (BIEN: un an) de prison.

- "Rôle marginal" -

Acil al-Lawzi, qui a voté à Tla'a Al-Ali, à l'ouest d'Amman, s'est dit rassurée par les mesures antivirus "très bonnes".

Pour cette femme de 35 ans, une des priorité des nouveaux élus doit être l'éducation. Elle s'est dit notamment "inquiète de l'enseignement à distance", alors qu'écoles et universités sont fermées depuis mars et que nombre d'enfants n'ont pas la possibilité de suivre des cours en ligne.

Quelque 4,5 millions d'électeurs sont appelés à choisir les 130 députés de la Chambre dont 15 sièges réservés aux femmes.

Le choix doit se faire parmi 1.674 candidats, dont 360 femmes, pour un scrutin sans enjeu majeur, le Parlement jouant un rôle limité dans la gouvernance du pays où le roi détient de larges pouvoirs.

Parmi les candidats figurent des représentants des principaux clans tribaux, des indépendants et des figures de la gauche ainsi qu'un grand nombre de riches hommes d'affaires.

Première force de l'opposition, le Front de l'action islamique (FAI), branche politique du mouvement des Frères musulmans dissous en juillet, participe également à ce scrutin.

La formation disposait de 17 sièges, soit le plus grand nombre de députés, au Parlement sortant qui ne comptait aucun groupe majoritaire.

Un nouveau gouvernement a prêté serment le 12 octobre, après la démission du précédent faisant suite à la dissolution du Parlement par le roi le 27 septembre, au bout de quatre ans de mandat comme le veut la Constitution.

L'analyste Oraib Rintawi, du Centre d'études politiques Al-Quds, s'attend à peu d'affluence aux urnes.

"La majorité des Jordaniens pensent que le Parlement joue un rôle marginal dans le système politique", le gouvernement n'étant pas issu des élections, selon lui.

- "Jeunes sans travail" -

"Les gens iront voter pour des raisons tribales, pour un candidat de leur clan ou pour des représentants qui leur fournissent des services", non pas pour des motifs politiques, explique-t-il.

"Je vais voter pour élire un homme juste qui protège le peuple et le pays, pas celui qui s'assoit sur une chaise et oublie" ses compatriotes, déclare à l'AFP Jazi Mutlak qui a voté dans le camp de réfugiés palestiniens d'al-Baqaa.

"Nous avons beaucoup de jeunes sans travail, la situation financière de la population est mauvaise", ajoute cette femme de 70 ans, alors qu'environ la moitié de la population du royaume est d'origine palestinienne, selon certaines estimations.

Nombre de candidats ont fait de l'économie leur priorité, dans un pays où le taux de pauvreté s'élève à 15,7% de la population, selon la Banque mondiale.

La Jordanie est confrontée à une situation économique difficile, avec un taux de chômage de 23% au premier trimestre 2020. Elle a été le théâtre de manifestations réclamant notamment des hausses de salaires.

Le nouveau coronavirus a eu un fort impact notamment sur le secteur vital du tourisme, et des milliers d'emplois sont menacés.

Dépourvu de ressources naturelles et très dépendant d'aides étrangères, notamment du Fonds monétaire international (FMI), ce petit pays durement touché par l'afflux de réfugiés syriens croule sous une dette publique dépassant 100% du PIB.