Scènes inimaginables à Washington: des partisans de Donald Trump ont envahi pendant plusieurs heures mercredi le Capitole, temple de la démocratie américaine, interrompant la session qui devait confirmer la victoire de Joe Biden.

Le prochain président démocrate a dénoncé un climat d'"insurrection".

Les images de l'intérieur du majestueux bâtiment situé au coeur de la capitale fédérale américaine marqueront l'Histoire: élus portant des masques à gaz, agents de la police en civil arme au poing.

Elles resteront à jamais associées à la fin de mandat tumultueux de Donald Trump, qui refuse d'accepter sa défaite depuis deux mois et souffle sur les braises de la division en brandissant des théories du complot.

Des militaires de la Garde nationale ont été envoyés pour rétablir le calme après plusieurs heures d'extrême tension. Un couvre-feu est entré en vigueur dans la ville à 18H00 locales (23H00 GMT). Peu après, un responsable a annoncé que le Capitole était de nouveau sécurisé.

Le Congrès devait reprendre dès mercredi soir la session consacrée à certifier la victoire de Joe Biden à la présidentielle, a déclaré la cheffe des démocrates à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Lors d'une allocution au ton grave, Joe Biden, qui s'installera à la Maison Blanche le 20 janvier, a dénoncé une attaque "sans précédent" contre la démocratie américaine.

Il a appelé Donald Trump à s'exprimer "immédiatement" à la télévision pour réclamer "la fin du siège" du Capitole et de cette "insurrection".

En guise d'allocution solennelle, le président américain, désormais très isolé au sein de son propre parti, s'est contenté de quelques tweets et d'une brève vidéo dans laquelle a demandé à ses partisans de se tenir à l'écart de la violence et de "rentrer chez eux".

"Je vous aime (...) Je comprends votre douleur", a-t-il cependant ajouté, évoquant une nouvelle fois une élection "volée". La vidéo a été retirée peu après par Facebook, qui a jugé qu'elle "contribuait aux risques de violence".

Le seul de ses prédécesseurs républicains encore en vie, George W. Bush, a dénoncé des scènes de chaos dignes d'une "république bananière".

Une femme blessée par balle à l'intérieur du Capitole, est décédée peu après, a indiqué le chef de la police de Washington sans livrer aucune information sur les circonstances du drame.

- "Scènes honteuses" -

Ces images ont suscité l'indignation à travers le monde.

Berlin a appelé les pro-Trump à "cesser de piétiner la démocratie". Londres dénonce des "scènes honteuses". Paris a condamné "une atteinte grave contre la démocratie".

Intervention remarquée: le chef de l'Otan Jens Stoltenberg a dénoncé des "scènes choquantes", martelant que le résultat de cette élection démocratique devait être "respecté".

Ignorant le chaos au Congrès, le Dow Jones a terminé sur un nouveau record.

De très nombreuses voix se sont rapidement élevées pour dénoncer l'attitude du président américain, accusé d'avoir alimenté les tensions.

"Le président incite au terrorisme intérieur", a déploré l'élu démocrate du Wisconsin Mark Pocan, évoquant "un triste jour pour l'Amérique".

Selon la US Capitol Historical Society, c'est la première fois que le Capitole a été envahi depuis que le bâtiment avait été incendié par les troupes britanniques en 1814.

Les manifestants ont provoqué l'évacuation des bâtiments du Congrès, peu après que le vice-président Mike Pence eut annoncé qu'il ne pourrait pas s'opposer à la certification de la victoire de Joe Biden.

Dans une lettre publiée quelques minutes avant l'ouverture de la session du Parlement américain, Mike Pence avait expliqué que les "contraintes" de la Constitution ne lui permettaient pas de modifier les résultats du scrutin du 3 novembre, tels que transmis par les Etats.

Le vice-président répondait ainsi directement à Donald Trump, dont il a été le fidèle lieutenant pendant les quatre dernières années.

Dans un geste extraordinaire qui restera probablement dans les livres d'histoire, le milliardaire républicain avait choisi de défier le Congrès en réunissant des dizaines de milliers de ses supporteurs à Washington.

De plus en plus isolé, le président Donald Trump s'en est pris avec virulence mercredi à son propre camp. Les ténors républicains sont "faibles" et "pathétiques", a-t-il lancé sous un ciel chargé de lourds nuages, à des dizaines de milliers de partisans

"Nous n'abandonnerons jamais. Nous ne concéderons jamais" la défaite, a-t-il martelé.

Avant que les débats ne sombrent dans la confusion, Mike Pence avait bien commencé à présider la session conjointe de la Chambre des représentants et du Sénat qui doit officialiser le vote de 306 grands électeurs en faveur de Joe Biden contre 232 pour Donald Trump.

Selon la Constitution, son rôle consiste à "ouvrir" les certificats envoyés par chacun des 50 Etats pour transmettre les votes de leurs grands électeurs. Seuls les élus peuvent contester les résultats dans certains Etats.

Dès le début de la session, des républicains ont émis des objections aux résultats de l'élection dans l'Etat d'Arizona. Les deux chambres se sont alors séparées pour en débattre.

- Le Sénat désormais démocrate -

Ces violents incidents sont intervenus au lendemain de deux élections partielles en Géorgie remportées par les démocrates qui ont repris le contrôle du Sénat aux républicains.

Le candidat démocrate Raphael Warnock a battu la sénatrice républicaine Kelly Loeffler et est entré dans l'histoire en devenant le premier sénateur noir élu dans cet Etat du Sud traditionnellement conservateur.

Et Jon Ossoff a remporté la deuxième sénatoriale cruciale en Géorgie, selon les projections des médias annoncées mercredi après-midi. A 33 ans, Jon Ossoff va devenir le plus jeune sénateur démocrate depuis... Joe Biden en 1973.

Les démocrates auront 50 sièges au Sénat, comme les républicains. Mais comme le prévoit la Constitution, la future vice-présidente Kamala Harris aura le pouvoir de départager les votes, et donc de faire pencher la balance du côté démocrate.