Les tribunaux français tournaient au ralenti mercredi, avec de très nombreux reports d'audiences, des rassemblements, des actions symboliques pour une journée de mobilisation des avocats contre le projet de loi de programmation pour la justice, qui doit être présenté le même jour au conseil d'Etat.

A Pau (Pyrénées-Atlantiques), où le barreau de quelque 245 membres avait été fin 2017 en pointe de la contestation, particulièrement sur la réforme de la carte judiciaire, les avocats observaient une "grève totale des audiences", à l'exception du procès d'assises d'une mère infanticide, qui a débuté lundi, a constaté l'AFP.

"Nous affirmons à nouveau notre opposition au projet de loi de programmation de la justice, dicté par une vision purement gestionnaire au mépris des droits fondamentaux", a dit Me Antoine Paullian, bâtonnier du barreau de Pau.

Sur son site, le Conseil national des barreaux annonçait plusieurs dizaines d'actions pour cette journée "justice morte" : grèves ciblées, rassemblements devant les palais de justice, journées voire semaine entière avec grève totale des audiences durant parfois, comme à Orléans, jusqu'au 30 mars, prochaine journée de mobilisation avec manifestations prévue à l'échelon national.

A Lyon, plus de 300 avocats se sont rassemblés sur les marches de la cour d'appel, où ils ont symboliquement déposé une gerbe et se sont allongés dans la salle des pas perdus.

A Grenoble, où le barreau compte près de 600 avocats, un rassemblement s'est tenu dans la salle des pas perdus "en robe, pour fédérer tout le monde", a déclaré à l'AFP Me David Roguet, bâtonnier. Des demande de renvoi systématique étaient prévues "sauf cas particuliers, comme éventuellement des procès d'assises", souvent attendus depuis longtemps.

Le barreau de Lille (1.300 avocats) a voté la grève générale à l'unanimité, selon le bâtonnier Stéphane Dhonte. Les 17 bâtonniers de la région Hauts-de-France devaient être reçus en préfecture dans l'après-midi.

A Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) les avocats ont déposé un préavis de grève de toutes les activités civiles et pénales, judiciaires et extrajudiciaires du 21 au 26 mars.

- 'Justice, si tu savais...' -

A Amiens, des gerbes de fleur ont été déposées par près de 70 avocats sur les marches du palais de justice, avec des mentions "Défunte justice, les avocats en deuil", ou "Justice si tu savais tout le mal que l?on te fait".

Plus de 300 avocats se sont réunis à Marseille sur les marches du Palais Monthyon, malgré la neige. Toutes les audiences du jour étaient suspendues, selon Me Géraldine Méjean, vice-présidente de l'Union des jeunes avocats.

Le barreau de Nantes a décidé de "suspendre la participation des avocats à quelque audience que ce soit", de "suspendre toute intervention au titre des permanences" et de "fermer l'ensemble des cabinets d'avocats".

Renvoi aussi de la quasi-totalité des audiences dans le Grand Est. Les avocats, comme à Thionville (Moselle), venaient au devant du public "pour leur expliquer les raisons du mouvement et leur signifier que les audiences sont renvoyées", a expliqué Me Marc Monossohn, bâtonnier.

Dans son appel à la mobilisation daté du 17 mars, le CNB réaffirme son opposition au projet de loi de programmation de la justice 2018-2022, et "exige du gouvernement d'être immédiatement associé à la rédaction des projets d?ordonnances et de décrets".

"Nous étions dans une logique de concertation, jusqu'à ce que nous découvrions le projet de loi le 9 mars, qui ne reprend pas des propositions auxquelles nous avions donné notre feu vert", a dénoncé mercredi la présidente du CNB Me Christiane Féral-Schuhl à Paris, où le barreau a appelé à la grève, les avocats devant se retrouver sur les marches du Palais de justice en milieu de journée.

"Il manque des éléments essentiels, comme le règlement des conflits à travers la médiation, pour laquelle on militait", a-t-elle ajouté. " La déjudiciarisation n'est pas la solution. Avec cette réforme, on retire sa place au juge. Au pénal, on va créer des plateformes de résolution des litiges fondées sur des algorithmes"

Elle a cependant convenu que "les négociations continuent avec la Chancellerie. il y a des avancées".