Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi a été proche du pouvoir royal avant de devenir un pourfendeur du prince héritier Mohammed ben Salmane, accusé par les services de renseignements américains d'avoir validé son assassinat.

Jamal Khashoggi a été tué en octobre 2018 dans le consulat saoudien à Istanbul après trois décennies d'une riche carrière qui l'a fait évoluer entre l'islam politique des Frères musulmans, les médias saoudiens, les cercles dirigeants à Ryad et les grands titres de la presse internationale, dont le Washington Post.

Alors que Ryad menait en septembre 2017 une vague d'arrestations dans les milieux religieux et intellectuel, il s'était exilé aux Etats-Unis et n'avait cessé depuis de dénoncer les "excès" de Mohammed ben Salmane (MBS), devenu prince héritier quelques mois plus tôt.

A l'époque, il avait dit avoir été interdit de s'exprimer dans le quotidien Al-Hayat du prince saoudien Khaled ben Sultan al-Saoud pour avoir défendu la confrérie des Frères musulmans, classée "terroriste" par Ryad.

Le 6 mars 2018, il écrivait dans le quotidien britannique The Guardian que MBS méritait des "éloges" pour son "programme de réformes" dans le royaume ultra-conservateur, tout en déplorant que le jeune et "impétueux" prince héritier n'ait "ni encouragé ni permis le moindre débat en Arabie saoudite".

Après avoir donné plusieurs versions du meurtre, les autorités de Ryad avaient fini par reconnaître qu'il avait été commis par des agents saoudiens, tout en insistant sur le fait qu'ils avaient agi sans ordre de hauts dirigeants.

- Journaliste engagé -

En septembre 2020, un tribunal saoudien avait annulé, dans un verdict final, les cinq peines capitales prononcées en décembre 2019 et condamné huit accusés, non identifiés, à des peines de sept à 20 ans de prison.

Khashoggi nait le 13 octobre 1958 à Médine, dans l'ouest de l'Arabie saoudite.

En 1982, il obtient un diplôme en gestion à l'Université d'Etat d'Indiana, aux Etats-Unis, puis commence sa carrière dans des quotidiens saoudiens, dont le Saudi Gazette et Asharq al-Awsat, couvrant notamment le conflit en Afghanistan.

A l'époque, une photographie l'avait montré avec un fusil d'assaut et des vêtements afghans. S'il n'a pas combattu avec les moujahidines contre les Soviétiques, il avait épousé leur cause financée par la CIA et les services secrets saoudiens.

Il obtient une interview d'Oussama ben Laden en Afghanistan et au Soudan mais prend ses distances, dans les années 1990, avec le chef d'Al-Qaïda qui avait basculé dans la violence anti-Occident.

Jugé trop progressiste, il est contraint de démissionner en 2003 du poste de rédacteur-en-chef du quotidien saoudien Al-Watan.

Il y revient en 2007 puis repart en 2010 après un éditorial jugé offensant pour les salafistes, courant rigoriste de l'islam.

- Proche du pouvoir -

Neveu du célèbre marchand d'armes Adnan Khashoggi, Jamal est issu d'une grande famille saoudienne.

Cet homme grand, portant lunettes et barbe grisonnante, a entretenu des rapports étroits avec le pouvoir entre les années 1980 et 2000. Il a été conseiller à Ryad et à Washington, notamment auprès d'un ambassadeur, le prince Turki al-Fayçal, qui a aussi dirigé les services de renseignement.

Dans les années 2000, le prince milliardaire Al-Walid ben Talal lui avait confié la direction d'une chaîne panarabe d'information, mais ce projet n'avait jamais vu le jour.

Ce prince a été détenu entre novembre 2017 et janvier 2018 dans un hôtel de Ryad avec des dizaines de personnalités accusées de "corruption" par le prince héritier.

"Quand je parle de peur, d'intimidation, d'arrestations et d'humiliations publiques d'intellectuels et de dirigeants religieux et que je vous dis que je suis d'Arabie saoudite, êtes-vous surpris?", écrivait Kashoggi dans le Washington Post en septembre 2017.

Il avait aussi critiqué l'implication saoudienne dans la guerre au Yémen ainsi que l'embargo imposé au Qatar, accusé de soutenir les Frères musulmans et semer le trouble dans la région avec sa chaîne Al-Jazeera. Les deux voisins se sont réconciliés en janvier.

Le 2 octobre 2018, Khashoggi, alors âgé de 59 ans, est entré au consulat saoudien à Istanbul pour des démarches administratives en vue de son mariage avec une Turque, Hatice Cengiz. Il y a été tué et son corps a été découpé en morceaux. Ses restes n'ont jamais été retrouvés.