L'opposant Guy-Brice Parfait Kolélas, décédé des suites du Covid-19, rêvait d'imposer l'"alternance" face à l'indéboulonnable chef de l'Etat Denis Sassou Nguesso lors de la présidentielle qui s'est tenue dimanche au Congo-Brazzaville.

Agé de 61 ans et testé positif au Covid-19 vendredi après-midi, il est "décédé dans l'avion médicalisé qui était venu le chercher à Brazzaville dimanche après-midi", a déclaré lundi à l'AFP son directeur de campagne Christian Cyr Rodrigue Mayanda.

Son décès est intervenu très tôt lundi, quelques minutes après l'atterrissage de l'avion à l'aéroport parisien du Bourget, a affirmé à l'AFP un proche ami du défunt.

A quelques heures du scrutin, celui qui fut ministre de M. Sassou Nguesso avait publié une vidéo dans laquelle il affirmait "se battre contre la mort" mais appelait la population à "voter pour le changement".

"Avec lui on espérait le changement", a déclaré lundi à l'AFP un sympathisant, Wilfrid Raoul, rencontré aux portes de la région du Pool (Sud), son fief. "Pour le moment, on n'imagine pas qui peut le remplacer", a-t-il ajouté.

Parfait Kolélas ("Pako", pour les intimes) était un économiste arrivé en politique sur les conseils de son père, Bernard Kolélas, disparu en 2009 après avoir lutté contre le colonialisme et tous les régimes qui ont dirigé le Congo depuis son indépendance en 1960.

Ce cadre à la retraite se disait prêt à réaliser l'alternance au regard de sa "base électorale" constituée des membres de la communauté lari habitant la région du Pool et les quartiers Sud de Brazzaville, dans ce pays de 5,2 millions d'habitants à l'histoire politique mouvementée.

Né à Brazzaville, il avait obtenu en 1987 un diplôme de troisième cycle d'études supérieures spécialisées (DESS) en économie et gestion des transports internationaux en France, à Mulhouse-Colmar (Est). Il avait enchaîné sur un doctorat en économie.

Il avait ensuite enseigné dans des universités françaises avant de rentrer au pays où il avait travaillé au ministère de l'Administration du territoire.

En France, Guy-Brice Parfait Kolélas n'a jamais caché sa proximité avec plusieurs cadres du parti d'extrême droite, Rassemblement national (anciennement Front national, FN). En 2017, dans une interview à Jeune Afrique il confiait "assumer" des liens d'amitié avec des membres de la formation, dirigée par Marine Le Pen.

"Au FN, un courant est effectivement xénophobe, mais un autre ne l’est pas. J’appartiens à ce dernier. Le FN est juste un parti nationaliste", déclarait-il alors.

Une relation de proximité confirmée à l'AFP par Louis Aliot, un cacique du parti, qui a rappelé qu'il connaissait l'opposant congolais depuis 2001.

- Père contraint à l'exil -

Son père Bernard Kolélas avait été nommé Premier ministre en 1997 par le président Pascal Lissouba, et sa milice avait prêté main forte à celle du chef de l'Etat dans Brazzaville face aux miliciens de Denis Sassou Nguesso.

Soutenu notamment par l'Angola, Sassou Nguesso avait remporté la guerre civile et repris le pouvoir perdu dans les urnes en 1992. Bernard Kolélas s'était alors trouvé contraint à l'exil au Mali avec sa famille, dont Guy-Brice Parfait Kolélas, son quatrième fils.

"C'est en plein exil que mon père m'a demandé de poursuivre le combat politique. Il ne l'a dit qu'à moi, pas aux autres, alors que nous [étions] douze frères et sœurs", avait affirmé Guy-Brice Parfait Kolélas, lors d'un récent meeting.

Il retourne au pays en 2005 après la mort de sa mère, dont le pouvoir de M. Sassou Nguesso a autorisé l'inhumation à Brazzaville.

En 2007, le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCCDI), parti créé par Kolélas père en 1990, signe un accord de gouvernement avec le Parti congolais du travail (PCT) de Denis Sassou Nguesso.

Profitant de cet accord, Guy-Brice Parfait Kolélas intègre le gouvernement en 2009 comme ministre de la Pêche avant d'occuper le portefeuille de la Fonction publique et de la Réforme de l'État jusqu'en 2015.

Mais ses prises de position dérangent ses partenaires du pouvoir lorsqu'il s'oppose publiquement en 2015, mais en vain, à la réforme de la Constitution qui permet au président de se représenter après deux mandats.

Sassou Nguesso est proclamé vainqueur de la présidentielle contestée de 2016, à laquelle Guy-Brice Parfait Kolélas avait pris part après avoir créé son parti, l'Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki).

Soutenu par l'ancien chef rebelle Frédéric Bintsamou, alias Pasteur Ntumi, il est officiellement classé deuxième avec 15% des suffrages. Il avait déclaré "avoir pris acte des résultats" sans les avoir "jamais reconnus".