Le Kosovo organise dimanche ses quatrièmes législatives depuis sa proclamation d'indépendance en 2008.

Son statut international reste contesté, ses relations avec Belgrade restent exécrables, les Serbes du Kosovo rejettent la tutelle de Pristina, et sa population est épuisée par la pauvreté et la corruption.

Quelle est la situation internationale du Kosovo ?

Menés sans l'aval de l'Onu, les bombardements de l'Otan sur la Serbie mettent un terme au conflit entre guérilla indépendantiste albanaise du Kosovo et forces serbes (1998-99, 13.000 morts).

En 2008, le Kosovo déclare son indépendance, immédiatement reconnue par les principaux pays occidentaux mais pas par Belgrade, ni par la Russie ou encore la Chine, ce qui lui ferme la porte de l'ONU.

Pour Moscou comme pour Belgrade, s'applique toujours la résolution 1244 du Conseil de sécurité de juin 1999: elle place le Kosovo sous protection internationale tout en le considérant comme partie intégrante de la Yougoslavie (à laquelle a succédé la Serbie en droit international).

Pristina affirme être reconnue par 116 pays (sur 193 membres de l'ONU). Mais Belgrade annonce régulièrement le retrait de leur reconnaissance par de petits pays. La Serbie fait également pièce aux tentatives du Kosovo d'intégrer Interpol.

Pristina a répliqué à cet activisme diplomatique par des droits de douane à 100% sur les produits serbes.

Où en sont les pourparlers entre Belgrade et Pristina ?

Au point mort. Un accord historique signé en 2013 n'est pas en œuvre, notamment sur l'organisation institutionnelle des zones où vit la minorité serbe, dans le nord du Kosovo (40.000 personnes) et dans une dizaine d'enclaves (80.000). Ces chiffres sont sujets à caution, les Serbes du Kosovo ayant refusé de prendre part au recensement de 2011.

Depuis des mois, malgré l'insistance de Bruxelles et des rencontres informelles entre les présidents Aleksandar Vucic et Hashim Thaçi, les pourparlers sont interrompus.

Quelles sont les priorités des Kosovars?

La préoccupation N.1 des Occidentaux, c'est la normalisation avec Belgrade et la stabilité. Les Kosovars ont d'autres soucis: pauvreté, chômage, corruption, clientélisme les poussent à une émigration massive. La diaspora est forte de plusieurs centaines de milliers de personnes.

Pour la jeunesse (la moitié de la population a moins de 25 ans selon l'UE), la priorité, c'est l'exemption de visas que Bruxelles fait miroiter depuis des années. Les Kosovars sont les seuls ressortissants des Balkans à ne pas pouvoir visiter librement l'UE.

Les candidats ont multiplié les promesses sur ces dossiers (10% d'augmentation pour les fonctionnaires, exemption de visas imminente, système de santé digne de ce nom...). Les relations avec Belgrade sont restées au second plan.

Saura-t-on dimanche qui dirigera le Kosovo?

Sans doute pas. Dans un paysage politique morcelé, aucun parti ne devrait remporter la majorité absolue des 120 sièges. Il faudra des jours, sinon des semaines, pour négocier une coalition.

Après le scrutin de 2018, les partis dirigés par les anciens "commandants" de la guérilla, étaient parvenus à taire leurs divergences pour garder le pouvoir.

En face, le centre droit (Ligue démocratique du Kosovo) et la gauche nationaliste (Vetevendosje, Autodétermination) appellent au changement et laissent entendre qu'ils pourraient s'allier pour envoyer à la retraite les "combattants".

La "Grande Albanie" est-elle un projet d'actualité ?

C'est une ligne rouge pour la Serbie qui accuse régulièrement Tirana et Pristana d'avoir ce projet en tête, comme récemment après l'annonce d'une union douanière.

Dans la classe politique kosovare, le chef de la gauche nationaliste, Albin Kurti, en a été le principal héraut, ce qui lui vaut la défiance des Occidentaux. Mais durant la campagne, il a déclaré qu'"actuellement, nous ne sommes pas en mesure de mener à bien cette unification".

Aucun sondage fiable n'a été réalisé sur ce sujet sensible, mais les analystes doutent qu'une majorité de Kosovars y soient favorables, conscients de son potentiel de déstabilisation régionale. L'engouement autour de la sélection de football démontre la réalité d'une fierté patriotique kosovare en tant que telle. Et beaucoup relèvent qu'en cas d'admission à l'ONU, les Albanais y bénéficieront de deux voix...