Le procès d'un ancien rebelle sierra-léonais, accusé de crimes de guerre et d'une longue liste d'atrocités durant la guerre civile au Liberia voisin, s'est ouvert mercredi en Finlande, avant une longue délocalisation inédite sur le sol libérien dans deux semaines.

Agé de 51 ans, l'accusé, qui vit en Finlande depuis 2008, a nié toute implication, par la voix de ses avocats.

Surnommé à l'époque "l'Ange Gabriel", Gibril Massaquoi encourt la perpétuité pour meurtres, "crimes de guerre aggravés" et "crimes contre l'humanité aggravés" qu'il est accusé d'avoir commis ou ordonnés entre 1999 et 2003.

Il était alors un haut responsable du Front révolutionnaire uni (RUF), un groupe armé sierra-léonais dirigé par le caporal Foday Sankoh, proche de l'ex-chef de guerre libérien devenu président Charles Taylor.

L'audience s'est ouverte mercredi matin devant un tribunal de Tampere, ville du sud du pays où l'accusé avait été arrêté en mars 2020 après la mobilisation d'ONG.

Vêtu d'un costume gris et portant un masque, il a écouté via un traducteur la lecture des charges, qui a concentré l'essentiel de la première audience, a constaté un journaliste de l'AFP.

Ce rare procès contre un acteur d'une des pires guerres du continent africain (250.000 morts et des millions de déplacés entre 1989 et 2003) va être l'objet d'une première historique.

Mi-février, la cour se déplacera pour au moins deux mois au Liberia et en Sierra Leone pour entendre quelque 80 témoins et visiter les lieux des crimes dont Gibril Massaquoi est accusé.

Ex-porte-parole du RUF, il comparaît pour une litanie d'accusations de crimes, viols et d'actes de torture commis en personne ou par ses soldats, selon le dossier d'accusation de près de 4.000 pages compilé par la justice finlandaise. Celle-ci permet de poursuivre des crimes graves commis à l'étranger.

- Ancien témoin -

Dans le village de Kamatahun, proche de la frontière sierra-léonaise, dans le nord du Liberia, des témoins accusent Massaquoi d'avoir ordonné d'enfermer des civils, dont des enfants, dans deux bâtiments avant de les réduire en cendres.

Au moins sept femmes ont été violées et tuées dans la même localité, tandis que les cadavres d'autres habitants ont été découpés en morceaux et "transformés en nourriture que Massaquoi a également mangée", selon le dossier lu par le procureur.

Ce dernier inclut également des accusations de meurtres et de viols de masse ailleurs dans la province de Lofa (Nord) et dans la capitale Monrovia, ainsi que des mises en cause pour esclavage et recrutement d'enfants soldats.

Gibril Massaquoi affirme, lui, qu'il était engagé dans des négociations de paix ailleurs dans la région à l'époque des atrocités.

"Il n'était pas aux endroits où ces crimes ont été commis, il n'a pas été au Liberia depuis juin 2001", a affirmé à l'AFP Paula Sallinen, une de ses avocates.

Jadis professeur, l'accusé avait été autorisé à s'installer en Finlande après avoir avoir témoigné en 2003 devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) mis en place par l'ONU.

Il avait alors reçu une immunité pour les actes commis dans son pays, mais pas au Liberia.

Après la guerre civile, la plupart des commandants des différents groupes armés ont fui le pays et les condamnations restent l'exception, même si des condamnations ont été prononcées aux Etats-Unis et des procès et des poursuites sont en cours en Suisse et en France.

L'ex-président Charles Taylor purge une peine de prison depuis 2012, mais pour des crimes commis en Sierra Leone, pas dans son pays, où aucun tribunal pour crimes de guerre n'a été institué.

Le procureur Tom Laitinen a salué le travail "extraordinaire" de la police finlandaise pour aller recueillir des témoignages sur place.

"Ils ont pris le taureau par les cornes et sont allés au Liberia, d'abord pour négocier avec les autorités l'autorisation d'enquêter, et ensuite pour aller mener leurs investigations jusque dans la jungle", a-t-il souligné à l'AFP.

- "Un signal" -

L'annonce le mois dernier de la tenue d'un procès par la justice finlandaise a été saluée au Liberia.

"C'est un signal que les crimes commis pendant la guerre civile ne resteront pas impunis", a déclaré à l'AFP le militant des droits de l'homme Adama Dempster, à Monrovia.

A l'origine des poursuites en Finlande, Civitas Maxima, une ONG qui oeuvre à faire juger les criminels de guerre, s'est réjouie d'une décision "révolutionnaire" pour établir "les responsabilités des pires atrocités de ce monde".

La cour de Tampere prévoit de revenir en Finlande en mai pour deux mois supplémentaires d'audience, avec un verdict attendu en septembre.