L'Arabie saoudite tente de mettre fin à un conflit diplomatique qui l'oppose, avec d'autres pays arabes, au Qatar depuis trois ans mais une résolution complète du différend n'est pas pour demain, selon des sources proches des négociations.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères Fayçal ben Farhan Al-Saoud a déclaré la semaine dernière que le royaume et ses alliés --Emirats arabes unis, Bahreïn et Egypte-- étaient "en pleine coordination" pour parvenir à une "résolution finale".

En juin 2017, ces quatre pays ont rompu leurs relations avec le Qatar et lui ont imposé un boycott, interdisant notamment leur espace aérien. Ils accusaient le riche émirat gazier de soutenir des mouvements islamistes et d'alimenter les troubles dans la région via ses médias. Doha a toujours nié.

Le dégel potentiel survient à la fin du mandat du président américain Donald Trump, grand soutien de Ryad face à l'ennemi commun qu'est l'Iran, et à quelques semaines de l'investiture de son successeur Joe Biden. Le Qatar, comme ses adversaires, sont tous des partenaires proches de Washington.

Le quatuor anti-Qatar a imposé treize conditions pour lever le boycott dont la fermeture d'Al-Jazeera, la célèbre chaîne d'information connue pour ses critiques acerbes de certains régimes arabes. Doha a également été sommée de revoir ses relations jugées trop étroites avec l'Iran et la Turquie. Autant de conditions rejetées par le Qatar.

Dans l'impasse, le bloc dirigé par les Saoudiens est prêt à revoir ses exigences à la baisse, selon des sources proches du dossier.

La transaction envisagée: ouvrir l'espace aérien saoudien aux avions qataris si Doha cesse de financer certains mouvements d'opposition de ses adversaires et freine les ardeurs des médias qataris.

"Les Saoudiens font pression en ce sens et ils détiennent la clé, qui est leur espace aérien", a déclaré un proche du gouvernement saoudien à l'AFP.

- "Solution provisoire" -

La crise a coûté plusieurs milliards de dollars en investissements, des pertes économiques très importantes quand ces pays du Golfe tentent de sortir du ralentissement dû au coronavirus et à la chute des cours du pétrole.

L'Egypte et les Emirats arabes unis ont officiellement apporté mardi leur soutien aux négociations mais, selon la source saoudienne, Abou Dhabi répugne à céder face à Doha.

D'après une seconde source proche des négociations, le processus en cours pourrait aboutir à un apaisement sans toutefois résoudre complètement les divergences de fond.

L'accord final sera probablement un document commun, a-t-elle précisé à l'AFP, peut-être une nouvelle version de l'accord de Ryad de 2014 entre le Qatar et les Etats du Golfe, un pacte secret de non-ingérence dans les affaires des autres.

Selon un diplomate occidental dans le Golfe, les médiateurs koweïtiens s'évertuent à impliquer directement les trois principaux dirigeants: le prince héritier d'Abou Dhabi cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et l'émir du Qatar Tamim ben Hamad Al-Thani.

"Ces trois hommes devront s'entendre", a déclaré le diplomate à l'AFP, assurant même que l'homme fort des Emirats, surnomé "MBZ", était "étroitement impliqué" dans le processus.

"Nous envisageons une éventuelle solution provisoire d'ici quelques semaines. Je pense que personne ne s'attend à une résolution complète", a-t-il ajouté.

- "Portée limitée" -

Des diplomates basés à Doha ont cité un haut fonctionnaire qatari ayant affirmé qu'un accord avait été accepté "en principe" mais avec une "portée limitée".

Ce fonctionnaire a laissé entendre que l'Arabie saoudite ne voulait pas annoncer l'accord avant la fin du mandat de M. Trump, sans doute pour satisfaire M. Biden qui a eu des positions hostiles envers Ryad, accusé de graves violations des droits humains.

Les regards seront rivés sur le prochain sommet du Conseil de coopération du Golfe, prévu avant la fin de l'année. Le niveau de représentation du Qatar, avec une éventuelle présence de l'émir, sera un bon indicateur de la situation.

Malgré la volonté partagée d'apaisement, la méfiance entre les parties reste profonde et "il faudra beaucoup de temps et d'efforts" pour rétablir les liens, estime le chercheur Kristian Ulrichsen, spécialiste du Golfe à la Rice University, aux Etats-Unis.

"Tout accord sera le début d'un processus plus long de réconciliation plutôt qu'un point final ou un retour à la situation d'avant 2017", a-t-il dit à l'AFP.

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