Un bref répit pour les hôpitaux du Haut-Rhin: un avion militaire médicalisé a procédé samedi à une nouvelle évacuation sanitaire de six patients atteints du coronavirus, en attendant la mise en service d'un hôpital de campagne à Mulhouse, où le service de réanimation est saturé.

Après une première évacuation sanitaire militaire mercredi de six patients de Colmar et Mulhouse, l'armée de l'air a de nouveau mobilisé un A330 Phénix équipé par le service de santé des armées (SSA), un dispositif habituellement réservé à l'évacuation des blessés des zones de conflit, pour six patients de Mulhouse.

L'avion a décollé d'Istres (Bouches-du-Rhône) en matinée pour l'aéroport de Bâle-Mulhouse: il a embarqué à la mi-journée des patients atteints du coronavirus avant de repartir pour Bordeaux, dans une région encore relativement épargnée par l'épidémie.

Les six malades du Covid-19 se trouvent dans un état "grave et stable", a indiqué l'ARS de Nouvelle-Aquitaine, précisant "qu'aucune aggravation de leur état n'a été constatée au cours du transfert".

Débarqués sur le tarmac sur des brancards par des personnes en combinaisons blanches, selon des images du ministère des Armées, deux d'entre eux ont été dirigés vers l'hôpital Saint-André, les quatre autres vers Pellegrin.

Des patients haut-rhinois sont également transférés depuis plusieurs jours en hélicoptère, un par un, vers d'autres hôpitaux civils français.

L'Etat allemand du Bade-Wurtemberg et les trois cantons suisses frontaliers de la France sont aussi venus à la rescousse samedi en mettant à disposition respectivement 12 et 6 lits de réanimation pour des patients français, et un premier malade haut-rhinois a été héliporté vers l'hôpital de Fribourg-en-Brisgau.

- "Une déferlante continue" -

Le Haut-Rhin est l'un des principaux foyers épidémiques de la maladie en France depuis un grand rassemblement évangélique en février et les médecins ne cessent d'alerter sur la situation du département, où les services de réanimation sont saturés.

"Cela fait maintenant trois jours que nous sommes dans la quête à tous les instants de la journée de lits de réanimation pour nos patients en situation de détresse", a expliqué vendredi soir sur France Inter le docteur Marc Noizet, chef des urgences de l'hôpital de Mulhouse.

"On a tous les jours entre 10 et 16 ou 17 patients qu'on essaie de transférer en hélicoptère en dehors de la région pour essayer de faire de la place pour ceux qui arrivent", a raconté le médecin, évoquant "une déferlante continue" et des services de réanimation saturés à Mulhouse et Colmar.

Outre les évacuations sanitaires, l'hôpital devrait pouvoir compter dans les prochains jours sur l'hôpital militaire de campagne de 30 lits, qui prenait forme samedi sur l'un de ses parkings.

Des équipes du régiment médical de la Valbonne s'affairent pour monter, à quelques dizaines de mètres de l'héliport et des urgences de l'établissement civil, cet équipement qui a dû être adapté aux besoins spécifiques des malades du Covid-19 (réanimation, ventilation).

Des militaires ont installé le sol de l'hôpital de campagne puis érigé de grandes tentes.

Une grosse vingtaine de tentes doivent être installées, a indiqué une porte-parole de l'armée, précisant qu'une cinquantaine de militaires participaient à l'opération et que tout le matériel médical arriverait sur place d'ici dimanche.

"Idéalement, tout devrait être opérationnel en milieu de semaine prochaine", a-t-elle estimé.

Une centaine de personnes composeront l'équipe soignante des armées de cet hôpital de campagne.

Tout en reconnaissant que ces "30 lits à 50 mètres de l'hôpital, c'est évidemment une vraie chance", le Dr Noizet a fait part vendredi "de grandes craintes pour les jours qui viennent, pour les prochaines 48 heures".

- "Bouffée d'oxygène" -

Cet hôpital de campagne, "c'est une vraie bouffée d'oxygène", a insisté pour sa part le président (LR) de la région Grand Est Jean Rottner auprès de l'AFP.

Le transfert vers Bordeaux samedi a mobilisé "six équipages, médecins, infirmières, ambulanciers, cela prend un temps considérable, donc avoir 30 lits à côté de chez soi et être en capacité de tenir un rythme de réanimation, c'est aussi du temps médical gagné pour qu'ils puissent s'occuper d'autre chose", a-t-il estimé.

Avec 105 morts, le Grand Est représente à lui seul près du quart des décès en France liés au coronavirus, qui s'élevaient à 450 vendredi.