De violents combats opposant Arméniens et Azerbaïdjanais se sont intensifiés samedi sur la majeure partie du front au Nagorny Karabakh, l'Arménie reconnaissant de lourdes pertes chez les séparatistes.

L'Arménie fait face "au moment peut-être le plus décisif de son histoire", a déclaré samedi, lors d'une allocution télévisée, son Premier ministre Nikol Pachinian, en référence au conflit au Nagorny Karabakh, où des séparatistes soutenus par Erevan combattent les soldats azerbaïdjanais.

Une "prière nationale pour le Nagorny Karabakh et ses défenseurs" a eu lieu dans la soirée dans toutes les églises d'Arménie et de sa diaspora.

Au septième jour des hostilités dans cette région que l'Azerbaïdjan cherche à reconquérir, le ministère arménien de la Défense a assuré que les troupes séparatistes avaient repoussé une attaque massive.

Les militaires du Nagorny Karabakh "ont détruit un gros regroupement militaire", a annoncé une porte-parole militaire arménienne, Chouchan Stepanian.

Mais Erevan a aussi officialisé le décès de 51 soldats supplémentaires de l'armée du Nagorny Karabakh, portant le bilan officiel des affrontements à plus de 240 morts.

Pour sa part, l'Azerbaïdjan a annoncé avoir reconquis le village de Madaguiz, d'une importance stratégique, qui permet de contrôler la route reliant l'Arménie au Karabakh.

Stepanakert, la capitale séparatiste survolée régulièrement par les drones azerbaïdjanais et visée vendredi par des tirs d'artillerie lourde - une première -, a connu de nouvelles explosions samedi.

Et les sirènes des ambulances se dirigeant vers Stepanakert résonnaient dans la soirée dans les montagnes caucasiennes, selon un journaliste de l'AFP.

En Arménie, sur la route menant d'Erevan à Goris, localité limitrophe du Nagorny Karabakh, des volontaires, simples citoyens au volant de leur véhicule, allaient vers la zone des combats pour évacuer vers la capitale arménienne des familles chassées par les bombardements.

- 'la dernière bataille' -

Le Nagorny Karabakh, majoritairement peuplé d'Arméniens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan à la chute de l'URSS, entraînant une guerre au début des années 1990 qui a fait 30.000 morts. Le front est quasi gelé depuis malgré des heurts réguliers.

Pour le président du territoire séparatiste, Arayik Haroutiounian, qui a annoncé samedi son départ sur le front pour se battre avec ses troupes, la "dernière bataille" pour le Nagorny Karabakh a commencé.

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a insisté lui sur le retrait des forces arméniennes des "territoires occupés".

"Nous allons reprendre nos territoires, c'est notre droit légitime et notre objectif historique", a-t-il déclaré dans un entretien à la chaîne de télévision Al Jazeera.

Depuis le début des hostilités le 27 septembre, des bilans partiels communiqués font état de 242 morts: 209 soldats du Karabakh, 14 civils arméniens, et 19 civils azerbaïdjanais, Bakou ne communiquant pas ses pertes militaires.

Le bilan pourrait être bien plus lourd, Erevan assurant que 3.000 soldats azerbaïdjanais sont morts et Bakou disant avoir tué 2.300 militaires arméniens.

- soutien du peuple fraternel -

Les deux camps ont largement ignoré les appels de la communauté internationale à faire taire les armes. Moscou, Washington et Paris, capitales des trois pays impliqués dans la médiation sur ce conflit sous l'égide de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), ont aussi réclamé un cessez-le-feu, sans succès.

Pays voisin de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan, l'Iran a mis en garde samedi contre toute "intrusion" sur son territoire, après que des mortiers ont frappé des villages iraniens le long de la frontière.

Un autre sujet d'inquiétude est le déploiement de combattants pro-turcs venus de Syrie en soutien des troupes azerbaïdjanaises. Ankara est un allié indéfectible de Bakou et le président turc, Recep Tayyip Erdogan, insiste lui aussi sur le départ des troupes arméniennes du Nagorny Karabakh.

Samedi, Ilham Aliev a remercié M. Erdogan et le "peuple fraternel turc" pour leur "soutien", dans une lettre rendue publique par la présidence azerbaïdjanaise.

Bakou assure cependant qu'aucun militaire étranger ne se bat aux côtés de ses troupes. "L'Azerbaïdjan n'en a pas besoin", a affirmé samedi un vice-ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères Fariz Rzayev à l'agence russe TASS.

Le président français Emmanuel Macron avait affirmé précédemment que 300 combattants "jihadistes" avaient quitté la Syrie pour rejoindre l'Azerbaïdjan.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), quelque 64 combattants pro-Ankara sont morts au Nagorny Karabakh depuis le début des hostilités. Au total, la Turquie a dépêché 1.200 combattants de Syrie vers le Nagorny Karabakh en renfort à l'armée azerbaïdjanaise, affirme cette ONG.