"Ultime liberté" contre "transgression majeure": l'Assemblée nationale a ouvert jeudi un débat sur l'euthanasie dans une ambiance passionnelle, même s'il a peu de chances d'aboutir faute de temps face à des milliers d'amendements et à l'opposition à ce stade du gouvernement.

Le député d'opposition Olivier Falorni, auteur de la proposition de loi ouvrant un droit à "une fin de vie libre et choisie", a été accueilli par un tonnerre d'applaudissements debout, venant de tous les bancs.

Les Français "sont une immense majorité à être favorables au droit à l'euthanasie", une "ultime liberté" pour "éteindre en paix la lumière de notre existence", a-t-il lancé.

Il a fustigé les milliers d'amendements à son texte, placés symboliquement en pile devant lui, visant à "empêcher l'Assemblée de voter" dans le délai imparti, avant minuit.

Le ministre de la Santé Olivier Véran, en revanche, s'est déclaré personnellement "pas convaincu qu'il faille ouvrir aujourd'hui ce débat d'envergure", citant notamment le lourd contexte de la pandémie de Covid-19.

"Le débat mérite d'avoir lieu, ça ne fait aucun doute" mais "il faut un débat serein" qui a "besoin de temps", sur un sujet aussi "sensible", a estimé M. Véran.

Il a toutefois promis une meilleure application de la loi actuelle, dite Claeys-Leonetti, qui prévoit une sédation profonde et continue pouvant mener à la mort, mais sans euthanasie active.

Les clivages sur ce sujet douloureux traversent tous les groupes politiques. Le patron des députés LREM Christophe Castaner a reconnu que son groupe n'avait pas "une position unanime".

Agnès Firmin-Le Bodo (groupe Agir) a plaidé pour la "liberté de choisir notre mort et de l'encadrer", une position reprise par de nombreux élus dans la majorité comme l'opposition.

Mais le communiste Pierre Dharréville a laissé pointer son trouble face à une "rupture éthique". "Qui sommes-nous pour donner la mort? N'est-ce pas une transgression? Quelle humanité voulons-nous être", s'est-il interrogé.

- "Obstruction" -

Le texte est examiné dans le cadre d'une journée réservée au groupe Libertés et Territoires de M. Falorni.

Il permettrait le possible recours à une "assistance médicalisée active à mourir" pour toute personne "capable et majeure, en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable", ne pouvant être "apaisée" ou jugée par elle "insupportable".

Parmi ses soutiens, les présidents de quatre groupes parlementaires: Jean-Luc Mélenchon (LFI), Valérie Rabault (PS), Olivier Becht (Agir) et Bertrand Pancher (Libertés et territoires).

Ses adversaires les plus farouches entendent toutefois contrer son adoption dans le temps contraint des "niches" parlementaires limitées à une journée, avec une avalanche d'amendements - plus de 3.000, dont 2.300 émanant d'une poignée de députés LR.

Une "obstruction" dénoncée à cor et à cri par les partisans de M. Falorni, auxquels ces opposants répondent par le "droit imprescriptible" à déposer des amendements.

Une tentative co-signée par 227 députés de faire passer, par un amendement à discuter en premier, le coeur du dispositif - "l'assistance médicalisée active à mourir"- a finalement été abandonnée.

La présidente de la commission des Affaires sociales Fadila Khattabi (LREM) a déploré que les échanges soient de fait "censurés par quelques parlementaires opposés au sujet de la fin de vie."

Des voix célèbres se sont élevées ces derniers jours dans les deux camps: la comédienne Line Renaud pour appuyer "un progrès essentiel", l'écrivain Michel Houellebecq pour estimer qu'avec cette loi, la France perdrait "tout droit au respect".

Les partisans du texte soulignent que l'euthanasie active avec assistance médicale est déjà permise en Belgique, en Suisse et aux Pays-Bas, et que l'Espagne et le Portugal viennent de légiférer en sa faveur.

Emmanuel Macron n'avait pas pris d'engagement en 2017 sur ce sujet, hormis indiquer qu'il préfèrerait personnellement choisir sa fin de vie.

Au nom du groupe LREM, Christophe Castaner s'est toutefois déclaré jeudi matin sur France 2 prêt à une poursuite du débat.

"Si le gouvernement voulait l'inscrire (à l'agenda parlementaire ndlr), et je me suis fait écho d'une demande de mon groupe sur ce sujet, je serai évidemment aux côtés du gouvernement pour porter ce débat-là", a-t-il assuré.

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