Les Azerbaïdjanais votent dimanche pour des législatives anticipées dénoncées par l'opposition, qui estime qu'elles ne serviront qu'à renforcer l'emprise du président Ilham Aliev sur ce pays du Caucase riche en pétrole.

Les élections auraient dû se dérouler en novembre 2020 mais en décembre dernier, les députés ont voté pour une dissolution du Parlement, à la suite de la démission quelques semaines plus tôt du Premier ministre.

L'objectif serait, selon des experts, de remplacer la vieille garde du régime par une nouvelle génération loyale au pouvoir et ainsi répondre a minima au mécontentement engendré par le ralentissement économique.

En début d'après-midi, le taux de participation était de 27%, selon des chiffres officiels. Selon le chef de la commission électorale, "toutes les conditions" sont réunies pour une élection "libre et équitable".

Mais l'un des leaders de l'opposition, Gulaga Aslanly, a dénoncé à l'AFP des "violations électorales massives". Il évoque des urnes non-transparentes dont les fentes permettent d'introduire plus d'un bulletin ce qui, selon lui, est une violation du code électoral.

Cet opposant du parti Musavat mentionne également des "obstacles" et pressions sur des observateurs électoraux mis à l'écart du décompte des bulletins, ainsi que des problèmes avec certaines listes "où apparaissent des électeurs décédés".

A Bakou, une vidéo montre le président Ilham Aliev allant voter tout sourire avec sa famille. Il dirige d'une main de fer cette ex-république soviétique depuis qu'il a succédé à son père en 2003.

Pour Ilgar Gasymov, chauffeur de taxi et électeur de 58 ans à Bakou, "seule l'opposition est attentive aux problèmes des gens ordinaires".

Vafa Alekperova, enseignante de 43 ans, a elle à l'inverse voté en faveur du pouvoir pour "un avenir meilleur".

Selon l'analyste Anar Mamedli, la colère des Azerbaïdjanais est de plus en plus prégnante dans ce pays de neuf millions d'habitants.

"Aliev a choisi d'organiser des élections avec huit mois d'avance car il craint que l'esprit protestataire ne grandisse", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Le remaniement gouvernemental et les élections anticipées ont le même objectif, prolonger le règne d'Aliev", ajoute l'expert.

Très dépendant de ses exportations de pétrole, l'Azerbaïdjan a souffert de la baisse du prix du baril. Après la chute de ce dernier en 2014, la monnaie nationale a perdu la moitié de sa valeur et le pays a connu la récession et une inflation à deux chiffres. La situation s'est stabilisée mais la croissance stagne désormais autour de 1-2%.

- Contrôle sans partage -

Ilham Aliev veut lui préserver son contrôle sans partage, accuse l'opposition. Il a d'ailleurs placé sa femme Mehriban au poste de première vice-présidente du pays en février 2017, et leur fils, Heydar, âgé d'une vingtaine d'années, est vu comme son possible successeur.

S'il est critiqué par l'opposition et les défenseurs des droits de l'Homme, le président Aliev est loué par ses partisans pour avoir, grâce à la manne des hydrocarbures, transformé et modernisé l'Azerbaïdjan en une puissance énergétique indépendante.

Dimanche, le parti d'Aliev, Yeni ("Nouveau") Azerbaïdjan, devrait s'imposer largement et sans suspense.

Une de ses dirigeantes, Bahar Mouradova, assure que les autorités feront tout pour que les élections "se tiennent dans un environnement démocratique".

Des assurances rejetées par l'opposition. "Il n'y a même pas les conditions minimales en Azerbaïdjan pour organiser des élections démocratiques. Ce sera une imitation d'élection", assène Ali Karimli, dirigeant du Front populaire qui boycotte l'élection.

Un autre opposant, Issa Gambar du parti Moussavat, accuse les autorités d'avoir "totalement falsifié" les précédents scrutins et la commission électorale d'être sous contrôle du pouvoir, tout comme les chaînes de télévision.

Il dénonce aussi les restrictions très sévères au droit de manifester en Azerbaïdjan, où "les gens sont arrêtés et torturés".

Plus de 1.300 candidats de 19 partis se présentent pour se partager les 125 sièges du parlement monocaméral, le Milli Majlis.

Aucune élection organisée depuis l'arrivée au pouvoir d'Ilham Aliev n'a été reconnue comme libre et démocratique par les missions d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui disposera cette fois-ci encore de 350 observateurs déployés dimanche.