"L'espoir d'un plan B": le gouvernement, les élus locaux et les syndicats de l'usine Bridgestone de Béthune (Pas-de-Calais) entendent faire pression lundi sur la direction pour tenter d'éviter la fermeture du site du géant japonais du pneumatique, qui emploie 863 personnes.

Moins d'une semaine après l'annonce choc, les ministres Agnès Pannier-Runacher (Industrie) et Elisabeth Borne (Travail) sont arrivées à 14H00 à Béthune pour une réunion en deux temps au siège de la communauté d'agglomération.

Elles s'entretiendront d'abord avec les élus du territoire, dont le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand, et la direction Europe de Bridgestone - en visioconférence - avant une seconde réunion avec des représentants du personnel et élus.

Direction et syndicats ont signé vendredi "un accord de méthode" donnant cinq mois à la discussion et rouvrant "des scénarios alternatifs à la fermeture", s'est réjouie dimanche Mme Pannier-Runacher.

"On sait bien qu'il y aura de la casse sociale, mais on veut pouvoir discuter d'autres solutions (...) et Bridgestone a décidé de nous donner le temps", a aussi salué l'avocat du CSE Me Stéphane Ducrocq.

"On va demander aux autorités de mettre la main à la poche, pour inciter Bridgestone à investir et moderniser ce site, abandonné depuis des années" au profit d'autres usines, a renchéri Stéphane Lesix, secrétaire CFDT du CSE. "On nous a jetés comme des mouchoirs, on nous prend vraiment pour de la +merde+. On se battra jusqu'au bout", a lancé de son côté le secrétaire adjoint CGT devant l'usine lundi, où le député LFI François Ruffin est aussi venu dénoncer "cette folie de la mondialisation", la "complicité des politiques" et appelé le gouvernement à "refuser d'homologuer le plan social" pour "mettre Bridgestone au pied du mur".

Premier employeur de cette ville de 25.000 habitants, la multinationale avait brutalement annoncé mercredi la "cessation définitive" de l'activité du site à l'horizon 2021, invoquant une surcapacité de production en Europe et la concurrence des marques asiatiques à bas coût.

"Humiliation", "coup de massue", "assassinat": salariés et élus de tous bords avaient aussitôt dénoncé la destruction d'un des "symboles" de la ville, dans un bassin miné par la désindustrialisation.

- "Sur le ring" -

La colère a grondé jusqu'au gouvernement, regrettant une "trahison de confiance". "Ce qui est inadmissible (...) c'est de ne pas avoir ouvert la discussion en amont", a dit Mme Pannier-Runacher, alors qu'on "savait que l'usine était en perte de vitesse".

Avec sa production des pneus de petit calibre, elle serait ainsi selon Bridgestone "la moins performante" parmi la dizaine de ses sites européens. En une décennie, ses effectifs ont chuté de 40%.

"C'était écrit ! Depuis des années on répète qu'il faut investir, faire des pneus de gros calibre, à forte valeur ajoutée, pour rester compétitifs ! La direction refuse et met des millions en Pologne", s'insurge Stéphane Lesix (CFDT), rejoint lundi par le secrétaire national du PCF Fabien Roussel. Sur France Inter, ce dernier a "dénoncé les subventions de l'UE", soit 24 millions d'euros sur les 140 millions pour "agrandir le site de Poznan", réclamant "les remboursements des aides qui ont appauvri, tué le site de Béthune". "L'UE organise la concurrence déloyale", a-t-il encore martelé.

Les autorités doivent désormais "montrer à Bridgestone qu'ils ont plutôt intérêt à investir enfin, plutôt que de partir", à la fois "pour leur image" et "leur chéquier", a plaidé dimanche Xavier Bertrand sur Europe 1.

Il faut "essayer ce qui s'est produit en 2013", pour l'usine de Bari (Italie) promise à la fermeture, a-t-il proposé: après un "bras de fer terrible", l'Etat a "accepté de financer une très large partie des investissements nécessaires" et "60% des emplois ont été maintenus".

En cas d'échec, le gouvernement envisage la réindustrialisation du site et veut une "solution cohérente et acceptable" pour chaque ouvrier. Certains élus militent pour que Bridgestone "rembourse" les aides publiques récemment versées, dont 1,8 million d'euros de CICE, ou 620.000 euros d'aides régionales.

"Au premier round, Brigdestone a tout lâché, c'était violent. Mais quand le boxeur d'en face sait s'écarter, il peut tenir cinq rounds. Et on est toujours sur le ring, avec l'espoir du plan B !", assure le maire UDI de Béthune Olivier Gacquerre.

Il salue "l'union sacrée" et "complète" des élus, syndicats et habitants. Dimanche à 18H00, une pétition mise en ligne par la mairie recueillait quelque 37.000 signatures.