Bureaux de vote fermés, électeurs qui cherchent où voter, participation faible dans les quelques bureaux ouverts: l'Est séparatiste de l'Ukraine, théâtre de combats sporadiques, semblait dimanche coupé de la présidentielle qui se déroule dans le reste du pays.

A Donetsk, bastion rebelle d'un million d'habitants, les rues étaient vides et aucun bureau de vote ne semblait ouvert. En haut des marches du bureau n°7, les portes sont closes, pas la moindre inscription, personne à l'intérieur. Un contraste saisissant avec la situation d'il y a deux semaines, quand ils étaient nombreux à se presser dans ce bureau pour approuver par référendum l'indépendance de la région.

"L'Ukraine est maintenant un autre pays donc je ne vois pas pourquoi nous devrions prendre part à cette élection", a ainsi déclaré Elisabeta, une Ukrainienne rencontrée dans le centre-ville. "Peu importe le résultat, cela ne nous concerne plus aujourd'hui", a-t-elle ajouté.

D'après des chiffres officiels, seuls 308 bureaux avaient ouvert leurs portes dimanche sur un total de 2.430 dans la région de Donetsk, soit moins de 13%. Jusqu'à la veille de l'élection, les rebelles avaient prévenu: toute tentative de vote serait empêchée, y compris "par la force".

- "Envie de pleurer" -

Dans le quartier de Kalininska, Raïssa se désole devant la porte fermée de l'école n°16 où elle vote de coutume. "Nous sommes allés jusqu'à l'aéroport, il n'y avait rien alors que nous avions lu que l'on pouvait voter là-bas", dit-elle en référence aux rumeurs infondées d'installations d'urnes à l'aéroport de Donetsk.

"Nous ne pourrons pas voter, cela me donne envie de pleurer. Je ne peux plus supporter cette situation, je veux voter pour changer ça parce que j'aime l'Ukraine", explique Raïssa à l'AFP, les larmes aux yeux en montrant son passeport ukrainien caché dans son soutien-gorge parce que c'est "dangereux".

Elle quitte ensuite rapidement les lieux, prise à partie par une babouchka, qui promène son chien, et lui hurle qu'elle est une "traitre".

Outre Donetsk, aucun bureau de vote n'est ouvert dans les villes minières de Makiïvka et Goliïvka contrôlées par les séparatistes.

Samedi soir, les autorités de Kiev avaient annoncé qu'elles tenteraient d'acheminer de nuit à bord de blindés et d'hélicoptères urnes et bulletins de vote.

- Beaucoup moins de votants que d'habitude -

Dans les bureaux de Marioupol, à 120 kilomètres au sud de Donetsk, les bulletins sont d'ailleurs arrivés dans la nuit. "Jusqu'à la dernière minute, nous ne savions pas si nous pourrions ouvrir", explique Andreï Tchegrine, qui préside un bureau de vote proche de la principale entrée des gigantesques usines sidérurgiques dont les cheminées sont visibles partout dans la ville.

Dans cette cité portuaire de 450.000 habitants, où sept séparatistes et deux soldats ont été tués dans des affrontements le 9 mai, la quasi-totalité des bureaux de vote était ouvert sans qu'aucune présence policière renforcée soit visible. Mais il n'y avait pas foule.

"Beaucoup des gens qui viennent voter nous disent que leurs voisins, leurs amis ont peur de venir et nous le voyons à la participation. A midi, il y a moins de 10% de votants, c'est beaucoup moins que d'habitude", analyse M. Tchegrine alors qu'en face de lui, le drapeau ukrainien, scotché à la hâte, vient de se détacher du mur.

"Je suis fatiguée de ce bordel et j'espère qu'après l'élection, l'ordre va revenir car en ce moment à cause de la guerre je ne peux même pas aller voir ma fille qui vit à quelques kilomètres d'ici", se désole Natalia, une retraité de 67 ans, qui a travaillé dans les usines de Rinat Akhmetov.

Ce magnat industriel, premier employeur de la ville et du pays a clairement pris position il y a quelques jours contre les rebelles, qu'il accuse de mettre l'Est à feu et à sang.

A l'ouest de Donetsk, dans la ville de Dobropillia, protégé par l'armée ukrainienne, un bureau de vote a ouvert.

"Je me suis senti l'obligation de venir voter", a indiqué à l'AFP Natalia Filatova, qui travaille dans une entreprise agricole. "Si on arrive à organiser le scrutin dans cette ville, je me sens le devoir de voter en tant qu'Ukrainienne", ajoute-t-elle.

Natalia a voté pour le milliardaire pro-occidental Petro Porochenko, le favori du scrutin avec 44% des intentions de vote selon les derniers sondages, parce qu'"il a le plus de chances d'être élu au 1er tour". Il faut un président élu au travail "le plus tôt possible", estime-t-elle.

Un autre électeur de Dobropillia, Viktor Podkoïko, dit avoir "voté pour l'avenir de l'Ukraine, pour l'Europe". "Nous n'avons pas besoin des Russes", ajoute cet ancien mineur.