Commerces fermés et populations confinées en France et en Espagne, chaos dans les aéroports américains: la pandémie de coronavirus, qui a touché plus de 150.000 personnes et fait presque 6.000 morts, continuait d'avancer inexorablement dimanche.

La France a néanmoins décidé d'organiser le premier tour des élections municipales, mais la participation était en nette baisse à la mi-journée, quelques heures après la quasi mise à l'arrêt du pays.

Personne ne semble à l'abri, pas même le président américain Donald Trump qui, après sa récente rencontre avec deux personnes testées depuis positives, a dû être testé également. Résultat négatif, selon la Maison Blanche.

Devant la progression de la pandémie, fermetures, restrictions de déplacements et annulations d'événements continuaient à être annoncées en cascade, la plupart des pays cherchant à se protéger en s'isolant toujours plus.

L'Espagne, deuxième pays le plus touché d'Europe (5.753 cas, 183 morts), a été particulièrement radicale: quarantaine quasi totale et état d'alerte pour 15 jours. Séville et d'autres villes ont annoncé l'annulation des célèbres processions de la semaine sainte début avril.

Le Premier ministre Pedro Sanchez s'est voulu clair : les Espagnols pourront sortir de chez eux pour "travailler", "acheter le pain", aller à la pharmacie ou se faire soigner mais pas pour "dîner chez un ami". Samedi, il a annoncé la contamination de son épouse.

- Epicentre européen -

L'Europe est désormais "l'épicentre" de la maladie selon l'Organisation mondiale de la santé, et voit ses systèmes de santé mis à rude épreuve.

A Rome, "toutes les célébrations liturgiques de la Semaine Sainte se tiendront sans la présence physique des fidèles", selon le Vatican, de même que les audiences générales du Pape jusqu'au 12 avril.

La France, qui a annoncé 830 nouvelles contaminations (4.500 au total) et 91 décès au total), a aussi durci ses mesures, avec une réduction progressive des transports longue distance (trains, bus, avions) dans les prochains jours, ainsi que la fermeture des restaurants, bars, discothèques et cinémas dès la nuit de samedi à dimanche. Ces dernières mesures ont été imitées par plusieurs régions allemandes.

L'Autriche a interdit dimanche les rassemblements de plus de cinq personnes et limité les déplacements au strict nécessaire. Première destination de sports d'hiver en Europe (602 cas confirmés samedi), elle avait déjà annoncé la fermeture anticipée de ses stations de ski, comme en France (d'ici 16H00 GMT) et en Suisse (1.355 cas, 11 morts).

Critiqué pour son attentisme, dans un pays qui ne comptabilise officiellement que 1.140 cas dont 21 mortels, le gouvernement britannique a indiqué qu'il prévoyait de confiner les plus de 70 ans jusqu'à quatre mois et s'apprête à interdire les grands rassemblements. Le tournoi de tennis de Wimbledon pourrait en faire les frais.

La Serbie a interdit l'entrée sur son territoire d'étrangers arrivant des pays les plus touchés, tandis que la Bosnie voisine les confinera dans des tentes de quarantaine à ses postes-frontières et aéroports.

- Repli -

Hors d'Europe, les confinements se durcissent également.

Les Etats-Unis, déclarés en état d'urgence vendredi, ont étendu samedi l'interdiction durant 30 jours d'entrée des voyageurs en provenance d'Europe au Royaume-Uni et à l'Irlande. Les restrictions créaient le chaos dans les aéroports américains, les voyageurs partageant sur les réseaux sociaux des photos d'énormes files d'attentes de plusieurs heures.

Les parcs d'attractions Universal Orlando Resort vont rester fermés au moins jusqu'à fin mars, ont-ils annoncé dimanche.

Israël ferme à partir de dimanche restaurants, centres commerciaux, cafés et salles de sport, et le procès pour corruption du Premier ministre Benjamin Netanyahu a été reporté pour cause d'épidémie.

L'Iran, troisième pays le plus touché au monde, a annoncé 113 décès supplémentaires (724 morts au total, 13.938 cas). Les autorités ont demandé aux habitants d'"annuler tous leurs voyages et rester chez eux" et fermé le coeur du sanctuaire chiite de Machhad.

La Jordanie, qui recensait un cas jusque-là, en a annoncé six de plus, dont quatre touristes français. Elle a fermé aéroports, écoles et universités jusqu'à nouvel ordre et interdit les rassemblement religieux et sportifs.

En Afrique, jusqu'à présent peu touchée, les fêtes de l'Indépendance ont été annulées au Sénégal (22 cas), parmi d'autres mesures.

Point de départ de l'épidémie, la Chine (3.189 morts) semble l'avoir désormais surmontée, faisant état dimanche de seulement 20 nouvelles contaminations.

- Congo, Rwanda et Seychelles -

Mais la pandémie progresse quasiment partout ailleurs. Un premier cas a été diagnostiqué ce week-end au Congo, Rwanda, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Seychelles.

Face à cette propagation inexorable, la Russie (45 cas, aucun décès) a fermé dimanche ses frontières terrestres avec la Norvège et la Pologne aux étrangers. Le Danemark, la Lituanie ont fermé leurs frontières tandis que d'autres pays (Lettonie, Estonie, Monaco) adoptent des restrictions drastiques. La Norvège va fermer ses ports et aéroports.

Le Kazakhstan (huit cas) a instauré dimanche l'état d'urgence pour un mois. Le Venezuela, l'Equateur, la Bolivie et le Guatemala ont renforcé samedi leurs mesures de restriction à l'égard des personnes en provenance des pays les plus touchés. Le Canada a appelé ses ressortissants à rentrer au pays.

Aux Philippines, la capitale Manille a été placée dimanche en quarantaine pour un mois avec les accès routiers coupés et les vols intérieurs suspendus.

Même le Maroc, qui ne recense que huit cas, a fermé ses frontières et pris des mesures strictes de confinement.

Au Chili, tous les ports sont désormais fermés aux navires de croisière, après la mise en quarantaine de deux d'entre eux avec environ 1.300 personnes à bord.

Un autre, avec 3.700 personnes, l'est en Nouvelle-Zélande, qui a également interdit toute escale à des bateaux de croisière, jusqu'au 30 juin.

Le calendrier sportif mondial continue de se vider, les rares événements maintenus se déroulant pour la plupart à huis clos.

Depuis son apparition en décembre, le nouveau coronavirus a touché au moins 156.510 personnes et fait au moins 5.920 morts dans 141 pays, selon un bilan à 09H00 GMT.