L'Europe va devoir s'habituer au style "sans cravate" du nouveau gouvernement grec

Publié le à Athènes (AFP)

Le discours fermement iconoclaste du nouveau gouvernement grec d'Alexis Tsipras a stupéfié cette semaine les partenaires européens du pays, qui vont devoir s'habituer à ces interlocuteurs sans cravate, loin de la classe politique compassée qui régnait jusqu'alors à Athènes.

En promettant "la fin de l'ancien régime et de la protection des oligarques", il est clair que M. Tsipras veut rompre avec les moeurs politiques traditionnelles du pays.

Premier signe de cette rupture, la prestation civile de serment d'Alexis Tsipras et de la majorité des membres du gouvernement lors de la prise de leurs fonctions lundi et mardi devant le Président de la République, une première dans un pays majoritairement chrétien orthodoxe et où le rituel revêt habituellement un caractère religieux, l'Eglise n'étant pas séparée de l'Etat. Seul un groupe d'une huitaine de ministres a préalablement prêté serment devant des dignitaires orthodoxes.

"Au niveau sémantique et symbolique la prestation civile de serment rompt un tabou de la société grecque, a priori conservatrice", affirme à l'AFP Manolis Alexakis, sociologue politique à l'université de Crète, "sans toutefois remettre en cause la non-séparation de l'Eglise et de l'Etat".

Par ailleurs, les barrières de protection installées devant le monument du soldat inconnu sur la place Syntagma, théâtre de grandes manifestations anti-austérité au pic de la crise en 2012, ont été enlevées. Une mesure destinée à montrer "la fin de la répression", selon la rhétorique de la gauche. Quelques militaires veillent cependant à ce que les touristes ne puissent déranger les gardes traditionnels du Parlement, les evzones, dans leur étrange ballet.

Près du Palais Maximou, le bureau du Premier ministre en plein centre d'Athènes, les policiers sont moins nombreux et les rues n'ont pas été fermées à la circulation lors des premières visites jeudi et vendredi de hauts responsables européens à Athènes, comme c'était le cas auparavant.

- Tournant -

L'abandon de la cravate par les ministres issus de Syriza "veut marquer le changement politique", note Thomas Gerakis, dirigeant de la société de sondages Marc. L'analyste politique rappelle que lors de la prise du pouvoir par les socialistes en 1981, le Premier ministre d'alors Andréas Papandréou avait frappé l'opinion publique par ses pulls à col roulé, "la façon à l'époque d'inaugurer le tournant politique après l'ère de la droite".

"Les gens étaient habitués à voir les hommes politiques de Syriza sans cravate quand ils étaient dans l'opposition et ne sont pas particulièrement choqués; ils sont plutôt préoccupés du résultat des négociations avec l'Europe", estime M. Gerakis.

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, n'a pas toutefois caché sa surprise lors de sa rencontre jeudi avec Alexis Tsipras, qui l'a accueilli chemise à col déboutonné.

De son côté, le ministre des Finances Yanis Varoufakis s'est entretenu vendredi avec le patron de la zone euro, Jeroen Dissjelbloem, en veste mais avec la chemise bleue sortie du pantalon.

L'entourage du Premier ministre adopte le même style décontracté: son conseiller de longue date Nikos Papas et le porte-parole du gouvernement Gabriel Sakellaridis, qui porte souvent le jean, se déplacent à pied, sont souriants et ont un langage simple et direct, un contraste saisissant avec le style classique, la lourde sécurité et les discours très littéraires du précédent gouvernement.

- Pas de parité -

"Appelez-moi Nadia", a même lancé mercredi la vice-ministre des Finances Nadia Valavani aux femmes de ménage du ministère, devenues il y a deux ans symbole de la résistance contre la politique d'austérité en étant licenciées sur ordre des créanciers du pays. Le premier geste de M. Varoufakis a été d'annoncer qu'il les "ré-embauchait".

Toutefois, le gouvernement n'a pas été épargné par les critiques venant même de gauche sur le sujet de la parité: sur la quarantaine de membres du gouvernement, il n'y a que six femmes, dont aucun ministre à part entière.

Une femme, la députée Zoé Konstantopoulou, sera néanmoins proposée pour présider le Parlement. Syriza avait aussi fait élire en mai, aux élections régionales, Rena Dourou à la tête de la région d'Athènes, la plus grande du pays.

"Nous vivons des moments historiques (...) mais pour l'instant la parité n'est pas respectée", regrettait néanmoins l'universitaire Antzela Dimitrakaki.

"Je souhaite savoir pourquoi il n'y a presque que des hommes dans le gouvernement et si la réponse est +qu'il n'y avait pas assez de femmes avec l'expérience ou les connaissances adéquates+, c'est que la situation du pays est vraiment dramatique et celle de la gauche problématique", estime-t-elle.

© 2019 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.