L'Iran a commencé mardi à mettre en oeuvre les limitations des inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) sur ses activités nucléaires, après l'expiration d'une échéance fixée par Téhéran pour la levée des sanctions américaines.

Dans ce contexte tendu, l'AIEA s'est déclarée "vivement préoccupée" par la possible présence de matière nucléaire sur un site iranien non déclaré, selon un rapport consulté par l'AFP à Vienne.

De leur côté, la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne ont dénoncé, dans un communiqué commun, comme dangereuse la décision iranienne de restreindre les inspections et appelé l'Iran "à cesser et à revenir en arrière sur toutes les mesures qui réduisent la transparence et à coopérer pleinement avec l'AIEA".

"L'objectif reste de préserver l'accord et de soutenir les efforts diplomatiques en cours pour une solution négociée, qui permette le retour de l'Iran et des Etats-Unis au plein respect de leurs engagements", ont affirmé ces trois pays, parties de l'accord de 2015 censé encadrer le programme nucléaire iranien.

En décembre, le Parlement iranien a voté une loi ordonnant au gouvernement de limiter certaines inspections de l'AIEA sur des installations non nucléaires, y compris des sites militaires suspects, en cas de maintien des sanctions rétablies en 2018 par l'ex-administration de Donald Trump qui a retiré unilatéralement les Etats-Unis de l'accord de 2015.

"La mise en oeuvre de (la) loi (du Parlement) a commencé (mardi) matin", a indiqué le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, cité par l'agence officielle Irna.

"Nous avons officiellement annoncé le 15 février à l'AIEA que la loi serait mise en œuvre à partir du 23 février", a ajouté M. Zarif, soulignant néanmoins que la coopération de Téhéran avec le gendarme onusien du nucléaire se poursuivrait.

Quelques heures plus tôt, l'ambassadeur d'Iran auprès de l'AIEA, Kazem Gharibabadi, a annoncé que "les instructions nécessaires ont été données aux (responsable des) installations nucléaires" pour débuter les limitations.

En riposte au retrait américain de l'accord de 2015, l'Iran s'est affranchi progressivement depuis 2019 de nombreuses limitations qu'il avait accepté d'imposer à son programme nucléaire en échange d'un allègement des sanctions à son encontre.

- "Bandes enregistrées" -

Après une visite du chef de l'AIEA à Téhéran, Rafael Grossi, l'Iran et l'AIEA ont annoncé dimanche un accord "temporaire" pour maintenir une surveillance des activités nucléaires, bien que réduite, le temps que les pays parties de l'accord international engagent des pourparlers pour tenter de sortir de l'impasse.

Selon les termes de cet "accord bilatéral technique" d'une durée de trois mois mais susceptible d'être suspendu à tout moment, le nombre d'inspecteurs sur place reste inchangé et des contrôles inopinés resteront possibles.

"Le cœur de cet accord consiste à ce que les bandes enregistrées sur notre programme nucléaire (...) seront conservées et ne seront pas fournies à l'Agence", a dit M. Zarif.

L'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA) a indiqué dimanche que ces images seraient "supprimées à jamais" si les sanctions ne sont pas "complètement levées d'ici trois mois".

En dépit de la loi iranienne, M. Grossi avait assuré après ses discussions à Téhéran, que l'AIEA restait "en mesure de maintenir le degré nécessaire de surveillance et de vérification".

Ultime décideur dans les principaux dossiers du pays, le guide suprême d'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, a réitéré lundi que le gouvernement "n'a pas abandonné ses engagements et a réduit progressivement certains d'entre eux, qui sont encore réversibles", au cas où les autres pays parties à l'accord sur le nucléaire "reviendraient à leurs responsabilités".

- "Bonne foi"-

Conclu à Vienne entre l'Iran et le groupe 5+1 (France, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, Chine, Allemagne), le pacte prévoit une levée progressive de sanctions internationales en échange de la garantie que l'Iran ne se dote pas de l'arme atomique.

Malgré ses démentis, l'Iran est accusé de chercher à se doter de l'arme atomique, notamment par Israël, son ennemi juré.

Le président américain Joe Biden a promis de rejoindre à nouveau cet accord, mais à la condition que Téhéran revienne au préalable au respect des engagements pris dans l'accord.

M. Zarif a estimé que l'accord conclu avec l'AIEA montrait "la bonne foi" de l'Iran.

D'après le porte-parole du gouvernement iranien, Ali Rabii, l'accord permet d'éviter de "nuire à la confiance mutuelle et à la coopération positive entre l'Iran et l'AIEA".