Deuxième pays d'Europe à retrouver le chemin des urnes après la pandémie de coronavirus, l'Islande vote samedi pour son élection présidentielle, avec le sortant Gudni Johannesson ultra-favori pour un triomphe électoral.

Ils sont 252.217 électeurs à être invités à se rendre dans les bureaux de vote, qui ont ouvert à 09H00 (heure locale et GMT) et fermeront à 22H00. Les premières estimations sont attendues juste après la fin du scrutin.

Venu à vélo glisser son bulletin dans l'urne, le président Johannesson a dit à l'AFP sa volonté de garder le cap en cas de très probable réélection.

"Si j'obtiens le soutien de mes compatriotes, je continuerai dans la même voie", a-t-il assuré depuis son bureau de vote dans une école d'Alftanes, non loin de la capitale Reykjavik.

Dans le régime parlementaire de l'île nordique, le président islandais, élu pour quatre ans, a en pratique un rôle essentiellement protocolaire. Un seul véritable pouvoir lui revient dans le système politique et il est important: un droit constitutionnel de bloquer la promulgation d'une loi et de la soumettre à un référendum.

C'est la première fois dans l'histoire de la jeune république qu'un opposant défie un chef de l'Etat dès la fin de son premier mandat, en la personne du candidat de droite Gudmundur Franklin Jonsson, proche de la ligne nationaliste. Ses chances sont quasi nulles.

Pour ce scrutin à un tour dans ce petit pays de 365.000 habitants, les sondages réalisés depuis début juin prédisent en effet à M. Johannesson, universitaire sans étiquette de 52 ans, une victoire sans appel avec plus de 90% des intentions de vote. Le dernier sondage Gallup paru vendredi soir le créditait de 93,4%.

"L'écart est trop grand pour qu'il puisse être comblé", souligne Gudmundur Halfdanarson, professeur à l'université d'Islande.

Malgré quelques signaux inquiétants de nouveaux cas ces dernières 24 heures, l'épidémie de coronavirus, pratiquement éteinte dans l'île boréale, n'aura que peu d'incidence sur l'organisation de l'élection. En dehors d'une demande de distanciation de deux mètres et la présence de gants et de gel désinfectant dans les bureaux.

- Solidarité, consensus -

Après la Serbie dimanche dernier, et avant la Pologne et la France ce dimanche, l'Islande est le deuxième pays à tenir une élection depuis le début des mesures de confinement en Europe.

Johannesson, élu en 2016 comme sixième et plus jeune président depuis l'indépendance en 1944, a navigué entre 76% et 86% d'opinions favorables pendant la majeure partie de son mandat d'après l'institut MMR, soit 25 points en moyenne au-dessus de son prédécesseur.

"Il est vu comme un homme du peuple, pas pompeux, pas toujours très formel. Les Islandais semblent l'aimer et veulent le garder en tant que président", juge le professeur de science politique Olafur Hardarson.

Contrairement à son prédécesseur Olafur Grimsson, un conservateur qui n'hésitait pas alimenter la controverse, M. Johannesson a insisté sur le consensus pendant son bail à la résidence présidentielle de Bessastadir.

Preuve de sa popularité: seules quatre petites heures lui ont été nécessaires pour recueillir les 1.500 signatures de soutien indispensables à sa candidature.

- Veto et dissolution -

L'unique rival peine à fédérer avec son côté polémiste. Dirigeant depuis l'Islande un hôtel au Danemark depuis 2013, cet ex-agent de change à Wall Street de 56 ans s'est engagé en politique en 2010 en créant le parti Haegri graenir (Droite-Verts), mouvement de droite populiste qu'il a dirigé pendant trois ans.

Comme lors des précédents scrutins, le rôle institutionnel du président est l'un des principaux thèmes de campagne, si ce n'est le seul. A l'heure actuelle, le gros des pouvoirs repose sur le gouvernement et la Première ministre de gauche écologiste Katrin Jakobsdottir.

L'opposant Jonsson veut rendre la fonction présidentielle plus active, en utilisant par exemple davantage le référendum. Un pouvoir qui n'a été utilisé que trois fois, exclusivement par Olafur Grimsson (1996-2016).

Le président pourrait aussi prétendre à d'autres pouvoirs, la Constitution laissant de l'aveu des juristes de nombreuses ambiguïtés.

Ce qui pour beaucoup serait une entorse à la tradition. "Je n'aime pas vraiment cela parce que le président en Islande a un rôle protocolaire et non pas politique", estime Audunn Gisli Arnason, un des électeurs interrogés par l'AFP en amont du vote.