Deuxième pays d'Europe à retrouver le chemin des urnes après la pandémie de coronavirus, l'Islande votait samedi pour son élection présidentielle, avec le sortant Gudni Johannesson ultra-favori.

Depuis la faillite spectaculaire de ses banques en 2008, et à l'aube d'une nouvelle crise économique mondiale, l'île volcanique de 365.000 habitants a retrouvé une relative stabilité économique et politique, après une série de cinq législatives entre 2009 et 2017. Un apaisement qui devrait se traduire par une réélection dans un fauteuil pour cet universitaire sans étiquette de 52 ans, arrivé à la présidence en 2016.

Dans le régime parlementaire de l'île nordique, le chef de l'Etat, élu pour quatre ans, a un rôle essentiellement protocolaire. Un seul véritable pouvoir lui revient, et il est important: un droit constitutionnel de bloquer la promulgation d'une loi et de la soumettre à référendum.

C'est dans le sillage de la faillite des banques islandaises de 2008 que cette forme de veto présidentiel avait été employé pour la première fois. Le président conservateur Olafur Grimsson avait déclenché deux référendums, en 2010 et 2011, sur un accord d'indemnisation des clients étrangers lésés par la faillite de leur banque, Icesave.

Sur le plan politique, c'est aussi la première fois qu'un opposant défie un chef de l'Etat dès la fin de son premier mandat, en la personne du candidat de droite Gudmundur Franklin Jonsson, proche de la ligne nationaliste. Mais ses chances sont quasi nulles.

Pour ce scrutin à un tour, les sondages réalisés depuis début juin prédisent en effet un score soviétique à M. Johannesson. Le dernier sondage Gallup paru vendredi soir le créditait de 93,4% des intentions de vote.

"L'écart est trop grand pour qu'il puisse être comblé", constate Gudmundur Halfdanarson, professeur à l'université d'Islande.

Ils sont 252.217 électeurs à être invités à se rendre dans les bureaux de vote, qui ont ouvert à 09H00 (heure locale et GMT) et fermeront à 22H00. Les premières estimations sont attendues juste après.

Venu voter à vélo, le président Johannesson a dit à l'AFP sa volonté de garder le cap. "Si j'obtiens le soutien de mes compatriotes, je continuerai dans la même voie", a-t-il assuré.

Malgré quelques signaux inquiétants de nouveaux cas ces dernières 24 heures, l'épidémie de coronavirus, pratiquement éteinte dans l'île boréale, n'aura que peu d'incidence sur l'organisation: distanciation de deux mètres, et gants et gel désinfectant à disposition dans les bureaux.

- Solidarité, consensus -

Après la Serbie dimanche dernier, et avant la Pologne et la France ce dimanche, l'Islande est le deuxième pays à tenir une élection depuis le début des mesures de confinement en Europe.

Johannesson, plus jeune président élu depuis l'indépendance en 1944, "est vu comme un homme du peuple, pas pompeux, pas toujours très formel", explique le politologue Olafur Hardarson.

Contrairement à son prédécesseur Grimsson, qui n'hésitait pas alimenter la controverse partisane, M. Johannesson a insisté sur le consensus pendant son bail à la résidence présidentielle de Bessastadir.

- Veto et dissolution -

Son unique rival peine à fédérer avec son côté polémiste. Dirigeant depuis l'Islande un hôtel au Danemark, cet ex-agent de change à Wall Street de 56 ans s'est engagé en politique en 2010 en créant le parti de droite populiste Haegri graenir qu'il a dirigé pendant trois ans.

Comme lors des précédents scrutins, le rôle institutionnel du président est pratiquement le seul thème de campagne. A l'heure actuelle, le gros des pouvoirs repose sur le gouvernement et la Première ministre de gauche écologiste Katrin Jakobsdottir.

L'opposant Jonsson veut rendre la fonction présidentielle plus active, en utilisant par exemple davantage le référendum. Son dernier usage remonte à 2012 sur un projet constitutionnel, là encore à l'initiative d'Olafur Grimsson.

Le président pourrait aussi prétendre à d'autres pouvoirs, la Constitution laissant de l'aveu des juristes de nombreuses ambiguïtés.

Ce qui pour beaucoup serait une entorse à la tradition. "Je n'aime pas vraiment cela parce que le président en Islande a un rôle protocolaire et non pas politique", estime Audunn Gisli Arnason, un des électeurs interrogés par l'AFP en amont du vote.

L'Islande avait bien essayé d'adopter une nouvelle Constitution, mais le projet était tombé à l'eau en 2013 faute de consensus politique.