Le Conseil de sécurité de l'ONU a réactivé samedi l'aide humanitaire transfrontalière en Syrie mais avec une nouvelle réduction imposée par la Russie à des Occidentaux impuissants.

Au terme d'une semaine de divisions et de sept scrutins, une résolution de l'Allemagne et de la Belgique permettant d'utiliser pendant un an un point de passage à la frontière turque, à Bab al-Hawa, contre deux jusqu'à présent, a été adoptée par 12 voix sur 15.

Trois pays se sont abstenus, la Russie, la Chine et la République dominicaine, selon des diplomates.

En vigueur depuis 2014, l'autorisation transfrontalière de l'ONU permet d'acheminer de l'aide à la population syrienne sans l'aval de Damas. Faute d'accord au Conseil de sécurité, elle avait expiré vendredi. En janvier, le mécanisme avait déjà été sévèrement réduit par la Russie qui juge qu'il viole la souveraineté de son allié syrien.

Le texte adopté entérine sa demande de suppression du point de passage de Bab al-Salam, également à la frontière turque, qui mène à la région d'Alep (nord).

Maître du jeu depuis le début, Moscou a imposé une nouvelle fois sa volonté aux Occidentaux sans réel compromis, infligeant un revers cuisant aux deux auteurs de la résolution, deux membres non permanents du Conseil chargés à l'ONU du volet humanitaire du dossier syrien.

"La Russie contrôle ce processus", relève Richard Gowan, du centre de réflexion International Crisis Group (ICG). Le déroulement dramatique et les veto de la semaine "ont été secondaires car, en définitive, la Russie allait toujours imposer une solution dans les termes" acceptés aujourd'hui, précise-t-il à l'AFP.

Ces dernières semaines, Moscou avait expliqué à ses partenaires que le point d'entrée de Bab al-Salam était bien moins utilisé que celui de Bab al-Hawa qui dessert la région insurgée d'Idleb où vivent plusieurs millions de Syriens, notamment des personnes déplacées avec une forte composante de femmes et d'enfants.

La Russie a aussi avancé que l'aide qui passe par un contrôle de Damas peut être augmentée pour la région d'Alep.

- Echec cinglant -

La résolution adoptée prévoit que le point de passage de Bab al-Hawa au nord-ouest de la Syrie est gardé "pour 12 mois jusqu'au 10 juillet 2021". Elle demande au secrétaire général de l'Organisation un rapport régulier "au moins tous les 60 jours".

Pour les Etats-Unis qui avaient fait du maintien de deux accès en Syrie une "ligne rouge", l'échec est aussi cinglant.

Les Occidentaux estiment qu'il n'y a pas d'alternative crédible au dispositif transfrontalier, et dénoncent les entraves faites par la bureaucratie et la politique syriennes à un acheminement d'aide efficace dans les zones non contrôlées par Damas.

Plusieurs ONG sont du même avis. Sans ce mécanisme qui "est le canal le plus viable", les civils "sont à la merci du gouvernement syrien" qui peuvent approuver ou non des livraisons d'aide humanitaire dans des zones sous contrôle de l'opposition, indique à l'AFP Susannah Sirkin de l'oganisme Physicians for Human Rights.

La réduction du dispositif transfrontalier est aussi un revers pour le chef de l'ONU, Antonio Guterres, alors qu'il avait réclamé dans un rapport en juin son prolongement en incluant au moins les deux points d'accès utilisés jusqu'à présent. Même s'il peut se féliciter d'une visibilité sur un an pour Bab al-Hawa et non six mois comme envisagé à un moment.

Membres permanents du Conseil de sécurité et dotés à ce titre d'un droit de veto, la Russie et la Chine s'en sont servis cette semaine à deux reprises pour contrecarrer les textes de Berlin et Bruxelles. Depuis le début de la guerre en Syrie en 2011, Moscou l'a utilisé 16 fois et la Chine 10.

Pour être adoptée, une résolution doit recueillir un minimum de 9 voix sur 15, sans vote contre d'un membre permanent.

En janvier, déjà en position de force, Moscou avait fait perdre au dispositif transfrontalier deux des quatre points d'accès autorisés, situés en Jordanie pour accéder au sud de la Syrie et en Irak qui permettait de fournir de l'aide au nord-est syrien.