Russie, Birmanie, Venezuela, Hong Kong, Bélarus: les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont tenté de peser lundi contre les violations des droits fondamentaux dans ces pays, mais les sanctions ciblées européennes ont peu d'effet, déplorent les partisans d'actions plus résolues.

L'opposant russe Alexeï Navalny l'a dit crûment aux députés européens en novembre 2020, pendant sa convalescence en Allemagne où il a été soigné après avoir été empoisonné en Russie. "L'UE devrait cibler l'argent, les oligarques, pas seulement les anciens oligarques, mais les nouveaux, membres du cercle proche de Poutine", a-t-il lancé.

Mais l'accord politique trouvé lundi ne vise que quatre hauts fonctionnaires russes impliqués dans les procédures judiciaires engagées contre l'opposant et dans la répression menée contre ses partisans.

Les proches de Navalny se sont dits déçus. "S'il s'agit de sanctionner dix fonctionnaires du Kremlin qui n'aiment pas voyager à l'étranger et n'ont pas de biens à l'étranger, alors ça ne sera pas douloureux et cela ne transmettra pas le message", a averti Leonid Volkov, venu à Bruxelles plaider pour des sanctions européennes contre les oligarques proches du président Poutine.

Le Kremlin avait adressé une mise en garde aux Européens avant leur réunion. Moscou est "prêt à réagir" en cas de "nouveau cycle de mesures restrictives, unilatérales, illégitimes", avait averti l'ambassadeur russe auprès de l'UE, Vladimir Tchijov, dans un entretien au quotidien allemand Die Welt.

La réponse européenne est "ciblée, proportionnée et juridiquement inattaquable", a soutenu un ministre.

"Il n'est guère possible de sanctionner les oligarques. Nous ne pouvons agir que contre des fonctionnaires, et cela uniquement si nous avons des preuves", avait expliqué le chef de la diplomatie du Luxembourg Jean Asselborn avant la réunion.

Les sanctions européennes consistent en une interdiction de visa et un gel des avoirs dans l'UE pour les personnes ou entités concernées.

Les Européens se sont concertés lundi en visioconférence avec le nouveau secrétaire d'Etat américain Antony Binken sur leurs difficiles relations avec la Russie.

Ils restent divisés face au Kremlin. "Nous devons chercher des façon de dialoguer avec Moscou, nous avons besoin de l'aide de la Russie dans nombre de conflits internationaux", avait fait valoir le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas en arrivant à Bruxelles.

Les ministres ont également adressé une mise en garde aux militaires birmans. L'UE se "tient prête" à adopter des sanctions contre les militaires si ses appels à la "désescalade" ne sont pas suivis, indiquent les conclusions adoptées après la discussion.

Ils ont par ailleurs sanctionné les atteintes à la démocratie et à l'Etat de droit commises par le régime de Nicolas Maduro au Venezuela avec l'inscription de 19 hauts fonctionnaires à la liste noire de ce pays qui compte désormais 55 noms.

Les ministres devaient également faire le point sur les mesures adoptées contre la répression menée à Hong Kong, où le principe "un pays, deux systèmes" est remis en cause par la Chine. "Nous devons voir s'il faut faire plus", a confié un diplomate européen.

L'emprisonnement et le harcèlement contre les journalistes au Bélarus pourraient également être punis. Mais trois trains de sanctions ont déjà été adoptés contre le régime et le président Alexandre Loukachenko a été inscrit sur la liste noire sans aucun effet. Et le soutien affiché de Vladimir Poutine conforte Minsk.

Les critiques se multiplient contre l'inefficacité des sanctions ciblées européennes. "L'Europe ne devrait pas avoir peur d'utiliser ses leviers économiques contre la Russie", soutient Ian Bond, directeur pour les affaires de politique internationale au Centre for European reform (CER).

Mais "il ne faut pas attendre une approche unie", déplore l'Italien Gianni Rotta, expert en désinformation auprès de la Commission européenne.

"L'UE est confrontée à une pandémie et à des difficultés économiques croissantes, à une dépendance au gaz russe et compte quelques pays membres qui sympathisent avec le Kremlin ou sont dominés par des partis populistes alimentés par la Russie", a-t-il expliqué dans un entretien pour le centre Carnegie Europe.