Russie, Venezuela, Hong Kong, Bélarus: réunis lundi à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l'UE vont sévir contre les violations des droits dans ces pays et se sont dits "prêts" à sanctionner le coup d'Etat militaire en Birmanie -- mais les sanctions ciblées ont peu d'effet, déplorent les partisans d'actions plus musclées.

L'opposant russe Alexeï Navalny l'a dit crûment aux députés européens en novembre 2020, pendant sa convalescence en Allemagne où il a été soigné après avoir été empoisonné en Russie. "L'UE devrait cibler l'argent, les oligarques, pas seulement les anciens oligarques, mais les nouveaux, membres du cercle proche de Poutine", a-t-il lancé.

Alexeï Navalny a été arrêté à son retour à Moscou en janvier et il accumule depuis les condamnations. L'UE dénonce une politisation de la justice et exige sa libération. En vain.

Les Européens ont donc décidé de sévir: ils vont actionner lundi leur nouveau régime de sanctions droits de l'homme. La décision sera prise au cours d'une réunion des ministres de Affaires étrangères à Bruxelles et les mesures seront effectives pour le sommet européen des 25 et 26 mars.

"Une très large majorité soutient l'adoption de nouvelles sanctions", a affirmé le ministre roumain Bogdan Aurescu à son arrivée à la réunion. "Je prévois des sanctions (...) et suis impatiente de voir une UE unie", a renchéri la Suédoise Ann Linde.

Les proches d'Alexeï Navalny leur ont soumis des listes de personnalités du premier cercle du président, mais "il n'est guère possible de sanctionner les oligarques. Nous ne pouvons agir que contre des fonctionnaires, et cela uniquement si nous avons des preuves", a souligné le chef de la diplomatie du Luxembourg Jean Asselborn.

Le chef de la diplomatie autrichienne Alexander Schallenberg a confirmé cette explication et dit s'attendre à des sanctions ciblées contre "des responsables de l'appareil policier et judiciaire".

Les sanctions européennes consistent en une interdiction de visa et un gel des avoirs dans l'UE pour les personnes ou entités concernées.

Les Européens restent divisés face au Kremlin. "Nous devons chercher des façon de dialoguer avec Moscou, nous avons besoin de l'aide de la Russie dans nombre de conflits internationaux", a fait valoir le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas.

Moscou se tient "prêt à réagir" en cas de "nouveau cycle de mesures restrictives, unilatérales, illégitimes", a averti l'ambassadeur russe auprès de l'UE, Vladimir Chizhov, dans un entretien au quotidien allemand Die Welt.

- Leviers économiques -

La réaction au coup d'Etat en Birmanie a été le premier point discuté par les ministres. l'UE se "tient prête" à adopter des sanctions contre les militaires si ses appels à la "désescalade" ne sont pas suivis, indiquent les conclusions adoptées après la discussion.

Les ministres ont ensuite sanctionné les atteintes à la démocratie et à l'état de droit commises par le régime de Nicolas Maduro au Venezuela avec l'inscription de 19 hauts fonctionnaires à la liste noire de ce pays qui compte désormais 55 noms.

Les ministres devaient également faire le point sur les mesures adoptées contre la répression menée à Hong Kong, où le principe "un pays, deux systèmes" est remis en cause par la Chine. "Nous devons voir s'il faut faire plus", a confié un diplomate européen.

L'emprisonnement et le harcèlement contre les journalistes au Bélarus pourraient également être punis. Mais trois trains de sanctions ont déjà été adoptés contre le régime et le président Alexandre Loukachenko a été inscrit sur la liste noire sans aucun effet. Et le soutien affiché de Vladimir Poutine conforte Minsk.

Les critiques se multiplient contre l'inefficacité des sanctions ciblées européennes. "L'Europe ne devrait pas avoir peur d'utiliser ses leviers économiques contre la Russie", soutient Ian Bond, directeur pour les affaires de politique internationale au Centre for European reform (CER).

Mais "il ne faut pas attendre une approche unie", déplore l'Italien Gianni Rotta, expert en désinformation auprès de la Commission euréopenne.

"L'UE est confrontée à une pandémie et à des difficultés économiques croissantes, à une dépendance au gaz russe et compte quelques pays membres qui sympathisent avec le Kremlin ou sont dominés par des partis populistes alimentés par la Russie", a-t-il expliqué dans un entretien pour le centre Carnegie Europe.