La Banque centrale européenne, qui dépense sans compter pour soutenir l'économie de la zone euro face à la pandémie, va encore amplifier jeudi son intervention, signalant que ses efforts pour aider à la sortie de crise s'inscrivent dans la durée.

Les mesures que dévoilera à la mi-journée l'institution présidée par Christine Lagarde sont "attendues avec presque autant d'empressement que le père Noël", souligne Fritzi Köhler-Geib, cheffe économiste de la banque publique allemande KfW.

La BCE a alimenté les spéculations en promettant début octobre un "recalibrage" de la potion anti-crise déployée depuis le printemps pour limiter l'impact de la pandémie. L'enveloppe de son programme d'urgence de rachats de dette compte déjà 1.350 milliards d'euros.

L'économie européenne reste sous le coup d'une seconde vague tenace de l'épidémie de Covid-19, qui a entraîné le retour de nombreuses restrictions sur le continent.

Au ralentissement de l'activité s'ajoutent les incertitudes sur le double front du Brexit et du plan de relance de l'UE bloqué par la Hongrie et la Pologne.

Une percée sur ce second dossier est espérée lors du sommet des Vingt-sept qui se tient jeudi et vendredi.

Poursuivant son rôle de pompier de la zone euro, la BCE a joué un rôle clé face à la pandémie en rachetant quantité de dettes émises par les gouvernements européens faisant baisser les taux des emprunts publics nécessaires pour limiter l'impact économique et social de la crise.

- Prolongation du programme de rachat de dette -

Ses annonces jeudi devraient se concentrer "sur la durée de son soutien politique, plutôt que sur un nouvel assouplissement des conditions financières" déjà généreuses, estiment les économistes de Goldman Sachs.

Le programme de rachat de dette privée et publique lancé en mars (PEPP) devrait ainsi être prolongé de 6 à 12 mois après son terme prévu en juin 2021, tablent les économistes.

Son volume de 1.350 milliards d'euros serait augmenté de plus ou moins 500 milliards d'euros.

La BCE pourrait aussi assouplir ce programme en y incluant des rachats d'emprunts "pourris" émis par des entreprises saines mais dont l'activité, et par effet d'entraînement la note, ont été dégradées en raison du Covid-19, leur valant le nom de "fallen angels" ou "anges déchus".

L'autre programme d'achat d'actifs de la Banque centrale, plus ancien (le "QE") et naviguant au rythme mensuel de 20 milliards d'euros, pourrait aussi être renforcé.

L'institution voudra aussi continuer à fournir assez de liquidités aux banques qui en ont besoin.

Elle devrait proposer des vagues de prêts à long terme (TLTRO) au-delà de mars 2021 et ce toujours à un taux favorable, pour encourager les banques à prêter alors que la hausse des défaillances de remboursements de crédit les inciteraient plutôt à mettre le pied sur le frein.

- Nouvelles prévisions -

Les économistes excluent en revanche une action sur les taux, déjà à leur plus bas historique: le principal taux d'intérêt devrait être maintenu à zéro, tandis que les banques continueront à se voir appliquer un prélèvement de 0,50% sur une fraction des dépôts qu'elles confient à la banque centrale au lieu de les prêter à leurs clients.

L'institution appuiera ses décisions sur de nouvelles prévisions macroéconomiques, probablement revues à la baisse alors que la crise sanitaire se prolonge et que le déploiement des premiers vaccins se fera au rythme de doses disponibles en nombre limité.

L'euro fort complique par ailleurs la tâche de ramener l'inflation au niveau proche de 2%, principal objectif derrière lequel la BCE court depuis 2013.

L'inflation dans la zone euro est restée négative en novembre pour le quatrième mois consécutif (-0,3%).

Ce climat déflationniste contraint la BCE à poursuivre une politique monétaire très accommodante avec la perspective de "garder pour longtemps une partie des dettes publiques à son bilan", observe Eric Dor, directeur des études économiques de l'IESEG School of Management à Paris et Lille.

Pas question pour autant d'aller plus loin: Mme Lagarde sera probablement amenée jeudi à repousser une nouvelle fois les appels d'économistes, en France et en Italie, pour que la BCE efface la dette publique rachetée aux Etats durant la pandémie.