Les hommages ont afflué mardi lors des funérailles de dizaines de manifestants pro-démocratie tués ces derniers jours en Birmanie, où la junte poursuit sa répression poussant des habitants de Rangoun à fuir en nombre les violences.

Plus de 180 civils ont été tués par les forces de sécurité depuis le coup d'Etat du 1er février contre Aung San Suu Kyi, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Le bilan s'est considérablement alourdi ces derniers jours, l'armée, sourde aux multiples condamnations internationales, semblant plus déterminée que jamais à réprimer la contestation.

Mardi, quelques rassemblements épars ont été organisés mais les manifestants étaient peu nombreux, beaucoup de Birmans ayant peur de descendre dans les rues.

Un jeune protestataire a tout de même été tué dans la ville de Kawlin (centre), "touché par un tir mortel à l'abdomen", a indiqué un secouriste à l'AFP.

Au même moment, la Birmanie a rendu hommage à ses "martyrs" tombés sous les balles, notamment dimanche journée de répression la plus sanglante depuis le 1er février (74 morts).

Des centaines d'étudiants en médecine ont participé à Rangoun aux funérailles d'un des leurs, Khant Nyar Hein, 18 ans. En blouse blanche, ils ont fait le salut à trois doigts devant son cercueil, en signe de résistance, scandant "notre révolution doit l'emporter".

"Mon coeur est brisé. Nous avons besoin de démocratie (...) nous avons besoin de liberté. Aidez-nous", a lancé sa mère.

Un dernier adieu à également été rendu à plusieurs manifestants tués à Hlaing Tharyar, une banlieue industrielle de Rangoun. "Paix à nos héros", "Que leurs âmes reposent en paix", pouvait-on lire sur les réseaux sociaux où les messages ont afflué.

Plusieurs usines chinoises ont été incendiées dimanche dans ce quartier. Les forces de sécurité s'étaient alors déployées en nombre, ouvrant le feu et tuant des dizaines de contestataires. La loi martiale a ensuite été décrétée.

Face à ces violences, des habitants de Hlaing Tharyar ont décidé de fuir mardi, entassant leurs affaires et leurs animaux de compagnie dans des camions, des tuk-tuks ou sur des deux-roues.

"On a vu des gens sur les routes à perte de vue qui fuyaient pour regagner leur région d'origine", a relaté un média local.

"Ils sont partis tôt ce matin", a confirmé à l'AFP une habitante. "Nous n'osons pas sortir dans la rue. On entend des coups de feu la nuit".

Désormais, toute personne interpellée à Hlaing Tharyar, et dans les cinq autres cantons de Rangoun où la loi martiale a été instaurée, risque d'être renvoyée devant un tribunal militaire, avec une peine minimale de trois ans de travaux forcés.

Sollicitée, l'armée n'a pas répondu aux requêtes de l'AFP.

- "Bain de sang" -

Les violences des derniers jours ont provoqué un nouveau concert de protestations internationales.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a dénoncé, par l'intermédiaire de son porte-parole Stéphane Dujarric, un "bain de sang".

Il a aussi appelé la communauté internationale "y compris les acteurs régionaux, à se rassembler en solidarité avec le peuple birman et ses aspirations démocratiques".

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a condamné pour sa part le recours aux armes létales, accusant la junte de "renverser les résultats d'une élection démocratique".

La Chine s'est déclarée "très préoccupée" pour la sécurité de ses ressortissants après les violences de dimanche à Hlaing Tharyar, au cours desquelles 30 usines chinoises ont été attaquées selon les médias d'Etat.

Le ressentiment à l'égard de Pékin s'est intensifié en Birmanie, certains estimant que sa position vis-à-vis des généraux birmans n'est pas assez ferme.

La violence politique des six dernières semaines a de plus en plus d'impact sur la fragile économique du pays.

De nombreux fonctionnaires sont toujours en grève, affectant de nombreux secteurs.

Et le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a mis en garde mardi contre "la hausse des prix des denrées alimentaires et des carburants" qui va rapidement impacter les plus pauvres.

- 2.200 arrestations -

L'armée riposte aussi sur le terrain judiciaire.

Hommes politiques, responsables locaux, activistes, artistes, fonctionnaires grévistes: près de 2.200 personnes ont été arrêtées depuis le 1er février selon l'AAPP, dont Aung San Suu Kyi, 75 ans, toujours mise au secret.

L'ancienne cheffe de facto du gouvernement civil devait comparaître par vidéoconférence lundi, mais l'audience a été reportée faute d'internet.

La lauréate du prix Nobel de la paix 1991 est inculpée pour quatre infractions. Elle est aussi accusée de corruption, le régime affirmant qu'elle a perçu en guise de pots-de-vin 600.000 dollars et plus de 11 kilos d'or.

La prochaine audience doit se tenir le 24 mars.